
Relève dans la direction de la Fédération française de cyclisme, lutte contre le dopage, développement du BMX, problème des «mafias», accueil des coureurs étrangers... Autant de dossiers sur lesquels Jean Pitallier s'explique à Cyclismag. Le président de la FFC, candidat à sa propre succession, pense avoir encore du travail à accomplir (lire le premier volet de son interview). Après le bilan, les chantiers en perspective.
Propos recueillis par Pierre Carrey
Cyclismag : Lorsque vous avez succédé à Daniel Baal il y a quatre ans, vous avez pris le risque d’être personnellement mis en examen. La faute au dopage, encore au dopage, toujours au dopage ?
Jean Pitallier : Daniel Baal s’est attaqué au problème du dopage et il a eu raison parce qu’on ne peut pas laisser des coureurs mourir sans baisser les bras. Moi, je ne suis pas un acharné sur ce dossier. Mais je sais que je peux être mis en examen. J’ai pris mes fonctions en plein procès Festina et j’ai connu ce sentiment très désagréable de se retrouver confronté à des avocats. Certains ne connaissent même pas les dossiers qu’ils défendent. Quoi qu’il en soit, si je dois un jour être mis en examen, je n’en mourrais pas.
De quel pouvoirs disposez-vous dans la lutte contre le dopage ?
Je peux rédiger une lettre pour arrêter un coureur si son suivi longitudinal présente une anomalie, je peux saisir la justice si un trafic se présente (NDLR : ce fut le cas pour le trafic de pot belge qui a conduit à des interpellations voilà quinze jours). On ne pourra jamais éradiquer tout le dopage mais on pourra le freiner. Ce qu’il faut, c’est condamner les pourvoyeurs pour protéger nos jeunes en priorité. La télévision et Internet offrent des tentations de toutes sortes et je ne parle pas de certains parents qui sont parfois inconscients!
Sur les épreuves où existe un enjeu financier, les victoires se monnaient, des groupuscules s’allient au mépris des concurrences entre équipes. Comment lutter contre le vieux problème des « mafias » ?
Je ne suis pas favorable aux mafias mais on ne peut pas les condamner de façon permanente. C’est vrai que certaines fois, ça se remarque trop, ces alliances… Mais si la Fédération doit se contenter de défendre l’égalité des chances entre coureurs, elle ne peut pas statuer. Si on lutte contre le dopage, on lutte indirectement contre les mafias. Le phénomène reste néanmoins trop historique dans le cyclisme pour disparaître complètement un jour.
Certains clubs français attirent des coureurs étrangers, leur font miroiter des compensations non tenues et les traitent dans des conditions morales ou matérielles à la limite de l’indigne…
La Fédération ne peut rien faire à leur sujet car elle ne leur demande pas de venir. Il y a davantage d’étrangers en Italie, en Belgique ou au Luxembourg qu’en France. Les clubs qui font leur marché et passent des conventions avec des équipes-réserves ou des fédérations, ça, c’est une mafia ! Si, une fois en France, les coureurs étrangers ne sont pas contents, ils peuvent très bien rester chez eux ! (Un ange passe)
Votre cheval de bataille, c’est le développement du BMX, du VTT, du vélo loisir…
Le vélo loisir est un phénomène qu’on ne peut pas négliger, il nous apporte d’ailleurs des licenciés. Nous avons eu une réunion avec les fédérations affinitaires, à l’exception de la FSGT (soupir). Ces fédérations nous ont pris des courses et des licenciés, nous les respectons malgré tout, il est temps de se réunir avec elles sur la question commune du vélo loisir.
Et pour le développement du VTT ?
Cette discipline plaît aux jeunes. Je souhaite que tous les comités s’y ouvrent plus largement. Les dirigeants sont souvent trop conservateurs et oublient par exemple que le VTT a rapporté l’an passé à la France un titre mondial et un titre olympique en cross country. Le vélo, ce n’est pas que la tradition de la route !
Même problématique pour le BMX ?
Là, la discipline progresse et sera au programme des JO 2008 ! Ce serait une erreur de vouloir convertir tous les jeunes pratiquants de BMX en routiers, même si les sprinters australiens ont acquis leur vélocité de la sorte. Ce serait comme forcer un enfant à manger de la soupe sous prétexte que ça procure des forces. Si un jeune ne veut pas s’adonner au cyclisme sur route, inutile de le forcer ! Les choses se font naturellement. A l’Insep, nous avons un jeune issu du BMX qui a fait un peu de piste pour améliorer sa détente. Rien ne dit qu’il laissera tomber le BMX pour pratiquer exclusivement de la piste !
Si vous obtenez un second mandat, vous travaillerez avec un encadrement technique renouvelé !
Gérard Quintyn et Daniel Morelon seront respectivement remplacés par Florian Rousseau et Benoît Vetu. Bernard Bourreau supervisera l’élite amateur, Pierre-Yves Chatelon s’occupera des juniors et du cyclo-cross, Marie-France Potreau deviendra Directrice technique adjointe. Il y a des jeunes dirigeants très intéressants qui ont posé leur candidature pour appartenir au Comité directeur. Je m’en réjouis et je les aiderai personnellement.
Vous pensez à des noms en particulier ?
Stéphane Heulot, par exemple, aurait tout à fait sa place au comité directeur.
Et s’il vous succédait un jour à la tête de la Fédération française de cyclisme ?
Et pourquoi pas ? C’est un jeune dirigeant avec une excellente vision des choses.
Vous-même avez 72 ans. Cela ne vous a pas fait hésiter à vous présenter ?
(Long silence) Je ne connais pas d’autres candidats déclarés et j’ai une mission à continuer. Quoi qu’il en soit, je vous préviens : ce sera mon dernier mandat.
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