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    Jean Pitallier : «Verbruggen est un homme de marketing !»

    Posté le Mercredi 26 janvier 2005 @ 21:07:45

    Le président de la Fédération française de cyclisme esquisse le bilan de son premier mandat. Dans deux mois, Jean Pitallier sera candidat à sa propre succession. Il met en avant ses qualités de financier, d’homme de terrain et « de consensus », en cultivant son opposition avec Hein Verbruggen, le président de l’UCI. Entretien.





    Propos recueillis par Pierre Carrey

    Cyclismag : Lorsque vous avez élu il y a trois ans, Yvon Sanquer vous a défini comme « un homme de consensus »…
    Jean Pitallier : Cette définition me convient bien, parce que je me tiens toujours à l’écoute. Je suis volontaire pour aller sur le terrain et me montrer proche des gens. Il m’arrive d’assister à des réunions de clubs dans la mesure de mes disponibilités, surtout lorsqu’il s’agit d’un club qui s’occupe des jeunes ou de la piste. Ces disciplines ne doivent pas être oubliées par la réforme du cyclisme.

    Comment la voyez-vous, cette réforme ?
    Elle ne s’est pas passée comme on l’aurait voulu. Les dirigeants de comité sont souvent un peu conservateurs. Ce qu’on veut, c’est former les dirigeants, les éducateurs et les jeunes dans les clubs. Nous voulons structurer les clubs et leur donner un label. On nous a reproché la mise en place de salariés dans les clubs, mais il est normal que des gens compétents dans l’encadrement, qui possèdent un diplôme, demandent une rémunération.

    Le président de la FFC, lui, reste un bénévole, contrairement à ses homologues dans d’autres fédérations sportives !
    Il pourrait déjà être payé puisque je l’ai fait ajouter dans nos statuts. Mais ce sont les finances qui manquent ! Quoi qu’il en soit, le caractère bénévole aurait sans doute freiné dans les années futures la candidature de jeunes dirigeants, porteurs d’un projet d’avenir.

    Quel bilan tirez-vous de vos trois années de présidence ?
    J’ai essayé d’aller dans le sens qu’on s’était fixé avec Daniel Baal. Par exemple, j’ai décidé de mettre en place des fonds propres. Nous sommes une fédération importante par ses résultats sportifs mais pas par ses subventions. Lorsque j’ai pris la présidence en 2001, les finances étaient saines mais il a fallu serrer les boulons. Nous avons par exemple supprimé le service organisation, ce qui sur le moment nous a coûté de l’argent car les licenciements sont plus compliqués qu’on se l’imagine. Cette restructuration n’est d’ailleurs pas complètement achevée.

    Il n’y a pas que les finances qui comptent à la FFC (1)…
    Mais je me suis occupé de nombreux autres domaines ! Prenons l’exemple de la détection. Nous avons décidé de bloquer un week-end pour faire de la détection dès la catégorie cadets. Les jeunes méritent qu’on s’intéressent à eux. La piste sera un élément d’avenir pour les former. Roger et Guy Lapébie avaient raison : l’école de la piste apprend à rouler, à se placer et à frotter.

    Le nombre de licenciés a-t-il progressé depuis trois ans ?
    Nous étions descendu à 98 000 licenciés avec toutes ces affaires de dopage. Nous en comptons aujourd’hui 102 000. Pour attirer de nouvelles têtes, j’ai mis en place des journées de découverte et encouragé la pratique du cyclisme de loisir.

    Quel a été pendant ces trois années vos relations avec la direction du Tour de France, vous qui avez officié vingt ans sur l’épreuve comme chronométreur ? N’y a-t-il pas concurrence entre la FFC et ASO pour imposer des directives au cyclisme ?
    Le Tour de France est né bien avant la Fédération et constitue la 3ème plus grande épreuve sportive au monde. Son poids est considérable. Le bénéfice généré par le Tour s’élève à 12,8 millions d’euros. Le budget total de la Fédération est de 15 millions d’euros. Parfois, il y a des confusions, comme lorsque nous faisons signer des partenaires. Ils croient qu’ils figureront sur le Tour. Mais le Tour de France est une entreprise strictement privée.

    Vous vous êtes retrouvés avec Jean-Marie Leblanc et Patrice Clerc sur la question du Pro Tour !
    Jean-Marie Leblanc a changé d’orientation et a dit « oui ». Je suis plus proche de Patric Clerc, qui est favorable à la réforme du cyclisme mais pas dans le sens que Hein Verbruggen lui a donné.

    Doit-on opposer Pitallier « homme du consensus » à Verbruggen le technocrate ?
    Non, là c’est exagéré ! Verbruggen est un homme de marketing qui a connu le haut de la pyramide sans passer par la base du cyclisme. (Il hésite.) C’est un homme de fric. Attention : il est très compétent, il a énormément de qualités et d’idées, mais il pense qu’il a toujours raison. J’ai discuté avec lui à l’occasion des derniers championnats du monde à Vérone. L’entretien a été cordial.

    La FFC, c’est le village d’Asterix qui refuse de plier face à la réforme ?
    La France est une nation européenne, l’une des plus importante du cyclisme. L’UCI joue la carte de la mondialisation. Je n’y suis pas opposé, mais il ne faut pas oublier que si Zidane est connu dans le monde entier, Armstrong, lui, n’est sans doute pas célèbre d’un bout à l’autre des Etats-Unis. L’UCI n’a pas assez tenu comptedes nations à l’origine du cyclisme. Personne n’a la science infuse. Moi, quand je suis sur le terrain, j’écoute tout le monde, même les compétiteurs.

    En somme, votre bilan est celui de la proximité ?
    Il faut aller dans les régions pour voir comment est le cyclisme. Chaque comité a ses particularités, ses difficultés, ses richesses. Le nombre de licenciés varie beaucoup, les mentalités aussi.

    Second volet de cet entretien la semaine prochaine sur Cyclismag.

    (1) : Il serait ridicule dans le bilan d’aborder la question des résultats des coureurs français comme aiment à le faire certains. En effet, il y a belle lurette que le cyclisme ne se conçoit plus en terme de nations. Du moins, la FFC n’est pas la principale responsable des gloires ou infortunes de ses athlètes de haut niveau.

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    Photo : Jean Pitallier, un « homme de consensus » selon Yvon Sanquer !
    Crédit : DR



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