
A l'occasion des élections américaines, Cyclismag consacre, aujourd’hui et demain, deux entretiens à des coureurs US. Ce soir, Erik Saunders, américain de 30 ans, qui a été formé à l’école Bernaudeau, nous plonge au coeur du cyclisme américain. Découverte.
Propos recueillis par Nicolas Gachet
Tu regrettes de ne pas avoir réussi à t’imposer dans une équipe européenne ?
Oui et non, je veux faire ce que je veux, vivre à ma manière. En Europe c’était difficile de faire ça, pour plusieurs raisons. Ici c’est chez moi et je m’y sens libre. En France, je me sentais limité, ça n’avait d’ailleurs rien à voir avec le cyclisme, c’était plutôt social. Donc pour moi, c’était très difficile d’imaginer rester dans cette situation en France, maintenant je suis content et je vis comme je veux.
Tu rêvais de quoi quand tu étais un jeune cycliste ? Rêvais-tu d'être professionnel ?
J’ai rêvé de faire les USPRO Championships à Philadelphie et Paris Roubaix, mais en France, je rêvais des critériums qui sont chez moi !
Comment est perçu le cyclisme européen aux États-Unis ?
C’est le grand spectacle ! Ce sont les plus grandes équipes et les plus grands coureurs. QuickStep c’est comme les Yankees !
Parle moi de ton équipe, depuis quand le sponsor Ofoto investit dans le cyclisme ? Ofoto envisage-t-il un jour de faire une grande équipe ?
A l‘origine, Ofoto était une équipe amateur. Mais il y a trois ans, le sponsor a décidé d’investir dans une équipe pro. Le siège d’ Ofoto est à Emeryville (Californie), juste en face de San Francisco. Et c’est grâce au succès du GP de San Francisco qu’ Ofoto a lancé cette équipe, cette course a plus de 350 000 spectateurs. Même pour la France c’est beaucoup ! L’ambiance y est incroyable.
Ofoto est aujourd’hui très satisfait de ce sponsoring. Pour nous, on est une grande équipe mais il ne faut pas perdre de vue qu’ Ofoto est un sponsor américain. On veut devenir la plus grande équipe aux États-Unis mais pour l’Europe c’est autre chose… Pour le sponsor, ça coûterait beaucoup trop cher de passer en GSI ou GSII, et il n’y aurait presque rien à gagner sur le marché américain. Il s’agit toujours d’histoires de marché, de chiffres… mais le manager John Durso voudrait diriger une équipe dans les plus grandes courses. On verra...
Justement, les sponsors américains ont-ils peur d’investir dans le cyclisme ? Il n’y a qu’une seule équipe américaine de très haut niveau…
Je ne dirais pas ça, ils n’ont pas peur. Mais il faut comprendre qu’un investissement dans le cyclisme n’est pas en rapport avec les objectifs de la plupart des entreprises américaines. Il n’y a pas de sponsors français en baseball ni en foot américain pour la même raison, ce ne serait pas logique. Par contre, au niveau national c’est plus intéressant d’investir, c’est rentable.
Les sponsors américains exigent-ils des résultats ?
Oui et non. Le cyclisme, ici, n’est pas le même qu’en Europe. Pour nous, il est notamment important que les mecs de l’équipe soient bien vus par le public. Ofoto veut que l‘on soit connus et respectés, ce qui est sans doute le cas aujourd’hui. Le sponsor est très content que notre équipe fasse de grandes performances. Même quand on ne gagne pas. Le but d’Ofoto est surtout que les gens utilisent leurs services...
On arrive à vivre correctement du cyclisme en étant dans une équipe de GSIII américaine ?
C’est de mieux en mieux oui. Quelques coureurs gagnent bien leurs vies, juste avec leurs salaires. Mais même si la paie n’est pas élevée, il y a beaucoup d’opportunités de faire de l’argent dans les courses. Les prix sont élevés, trois ou quatre fois par mois tu peux compter faire des critériums avec $10 000 pour les 25 premiers. Sur beaucoup d’autres courses on peut même gagner plus que ça. Il y a même un critérium avec $125 000 de gains à se partager pour les 40 premiers !!! Les coureurs moyens dans des équipes modestes peuvent ainsi compter sur $2000 par mois, sans compter leurs salaires. Les critériums sont officieusement les vraies courses.
Cela signifie-t-il qu’un cycliste américain préfère faire un critérium que le Tour de Géorgie (2.3) par exemple ?
Non, pas exactement. C’est à dire que pour beaucoup de coureurs américains, les critériums sont des courses à part. C'est comme du cyclisme dans un stade, l'ambiance est incroyable dans les plus grands critériums, surtout les nocturnes.
Personnellement, j’aime beaucoup le Tour de Géorgie. Mais je sais très bien que ce type de courses n’aura jamais pour les américains la même importance que le Tour de France pour les français. Les gens aux États-Unis n’aimeront jamais beaucoup les course par étapes. Il n’y a pas de tradition cycliste comme en Europe. Nous devons construire notre propre façon de voir le cyclisme. Aux États-Unis on a le Super Bowl, l’Us Open, les world séries, la Stanley cup, les playoffs NBA…Le Tour de Géorgie ne pourra jamais compter parmi ces grandes spectacles. C’est une belle course, bien sûr, mais il faut être réaliste, c’est un événement pratiquement inconnu, sauf par les cyclistes eux-mêmes. Pour que le cyclisme fonctionne bien aux Etats-Unis, il faut quelque chose de différent, pas une mauvaise copie du Tour de France.
Ainsi, je crois que le futur du cyclisme américain, ce sont les courses en circuits, plus quelques courses en ligne, une ou deux courtes et belles épreuves par étapes… Mais il nous faut surtout des courses courtes, très dures et avec des critériums qui rapportent beaucoup d’argent. C’est comme la Formule 1, si ce n’est pas comme le Nascar, les américains ne veulent pas en entendre parler. Il y a déjà un Tour de France, donc on n’a pas besoin de la même chose ici. Usa Cycling et beaucoup d'autres ont d’ailleurs essayé depuis plusieurs années de faire une réplique du cyclisme européen aux states. Ca n'a jamais marché en plus de 20 ans.
En 1999, tu as débarqué en France, tu es retourné aux Etats-Unis en 2002, entre temps Lance Armstrong a gagné 3 Tour de France, est-ce que tu as constaté un réel engouement de la part du public pour le cyclisme ?
Ouais, grâce à lui je fais beaucoup d’argent... (rires)
Tu penses quoi du phénomène Lance Armstrong ?
Grâce à lui je fais beaucoup d’argent... (rires)
Tu as dit deux fois que Lance Armstrong te faisait gagner de l’argent... tu es l’avocat de Filipo Simeoni ou tu as co-écrit le livre qui l’accuse, «LA Confidential» ?
Ouais ! (rires). On m’a dit qu’il avait trop d’argent et beaucoup d’avocats, qu’il n’aimait pas que les gens parlent de lui ou de ses amis… Moi je peux te dire que je rêve qu’ils écrivent un livre sur moi. ES Confidential ! Pour que les gens me connaissent, ça serait super, il faudrait juste que mon nom soit écrit correctement ERIK SAUNDERS ! Je serais très heureux, et tant mieux s’ils disent n’importe quoi. Une histoire de dopage, de crime, de strip-teaseuses à Las Vegas…je m’en fous parce que j’écrirai mon propre livre : ES «Ma véritable histoire». Et si ES Confidential se vend par millions, le mien pourrait bien faire un ou deux millions d’exemplaires, ça serait pas mal…
Pour redevenir sérieux, le cyclisme américain se résume à Lance Armstrong, il y a peu de place pour les autres, ce n’est pas un peu frustrant ?
Non, ce n‘est pas ça. Moi j’ai ma place et j’en suis très content. Les gens viennent dans les courses et ils aiment ce qu’ils voient.
Par ailleurs, tu es un excellent coureur sur piste, quelle est la place de la piste aux Etats-Unis ?
Il n’y a pas d’argent pour la piste. Pour moi c’est plus un amusement. Il y a des coureurs très rapides aux Etats-Unis mais sans argent ça ne vaut pas l’effort de s’entraîner. Je pourrais par exemple aller dans les coupes du monde si je m’entraînais... mais gratuitement … Je n’y pense pas ! J’ai trop à faire chez moi, donc finalement pendant l’hiver je préfère rester à la maison avec ma copine.
Peux-tu nous parler de la nouvelle génération de cycliste américain, penses-tu que des coureurs comme Patrick Mc Carthy, Saul Raisin ou encore Tyler Farrar s’imposeront en Europe ?
Je n’en sais rien, seul le temps dévoile tout. Saul je le connais très bien, c’est un grand ami, un ex-coéquipier. Il ne sait pas courir, il ne prend pas de risques, il ne sait pas «lire» les courses et les autres coureurs (rires), mais dans les tests d’effort, Raisin a des résultats impressionnants. Il a donc un gros moteur. Il faudrait juste qu’il ai confiance en lui et aussi plus d’agressivité. Farrar, je le connais un peu, il va très vite. C’est un mec pour le printemps. Pat je ne le connais pas très bien par contre. Je l’ai juste vu de temps en temps avec son pote Mike Creed que j’aime beaucoup d’ailleurs.
Un dernier mot pour la route ?
Pour conclure, visitez mon site eriksaunders.com, c’est en anglais mais de temps en temps j’écris des mots en français. J’explique la vie d’un pro aux EU, on s’amuse beaucoup plus que les européens. Tu sais, ici, c’est 100% rock’n roll...
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Crédit : Erik Saunders