
Victime d’une chute en début de Tour de France, Mickaël Delage reprendra la compétition samedi à l’occasion de la Clasica San Sebastian, où il avait terminé 3e l’an dernier. Le coureur d’Omega Pharma-Lotto évoque pour www.cyclismag.com sa fin de saison et son retour en 2011 à la FDJ. Entretien.
Propos recueillis par Carine Cambou
Cyclismag : Il y a un an, tu terminais 3e de la Clasica San Sebastain. Dans quel état de forme te trouves-tu à quelques jours de l’épreuve ?
Mickaël Delage : Moins bien que l’an passé, c’est certain, mais ce sont les circonstances qui veulent ça. Cependant, je me suis remis assez vite de ma chute. J’ai passé neuf jours sans toucher au vélo car il ne fallait pas que je respire trop fort par le nez pour ne pas déplacer la fracture. Pour mes derniers examens de contrôle la semaine dernière, ils prévoyaient encore 15 jours avant que tout soit totalement consolidé.
« DES TOURS, IL Y EN AURA D’AUTRES »
Comment as-tu vécu le Tour de France après ton abandon lors de l’étape de Spa ?
Je ne l’ai pas regardé tous les jours. J’ai essayé justement d’en profiter pour déconnecter un peu du vélo et de profiter plus de ma femme et de ma fille. Mais je dois reconnaître que je suis allé sur le Tour samedi dernier à Bordeaux et cela m’a fait vraiment bizarre d’y voir les copains et de ne pas être avec eux.
Le vit-on différemment que quand on n’est pas sélectionné comme ce fut ton cas en 2008 ?
Oui ce sont deux situations différentes. Là, j’étais déjà mentalement dans le Tour. Il y avait un peu plus de déception en 2008. Je sais que cette année, j’aurai pu avoir ma carte à jouer. Je me suis imposé des sacrifices, de gros entraînements pour être compétitif et en un jour, tout est fini ! C’est difficile mais ce sont des choses que l’on gère mieux que lorsque l’on est plus jeune. Je sais que des Tours, il y en aura d’autres.
Qu’attends-tu de la 2e partie de saison ?
Je vais travailler pour Phil (NDLR : Philippe Gilbert) et l’aider du mieux possible. Lui vise la victoire sur des courses comme San Sebastian, Hambourg, Plouay et, si je peux lui faire ce cadeau avant de partir, j’aurai réussi mon objectif.
Penses-tu pouvoir redevenir opérationnel rapidement ?
Oui je pense. J’ai recommencé à m’entraîner sérieusement. J’espère que l’équipe ne va pas me pénaliser sur mon programme maintenant que je pars mais j’ai pu en discuter avec eux et ils m’ont assuré qu’ils n’étaient pas comme ça. L’idée est donc de revenir en forme pour Plouay.
« PAS FACILE DE FAIRE SA PLACE DANS UNE ÉQUIPE BELGE »
Pourquoi avoir décidé de revenir l’an prochain chez la FDJ ?
Dans une équipe belge, ce n’est pas facile de se faire sa place. Il y en a beaucoup pour les belges et beaucoup moins pour les autres ! Je me suis bien intégré parmi les coureurs mais au niveau des dirigeants, ils privilégient beaucoup les coureurs nationaux. Par exemple, je devais avoir un mécano pour les Championnats de France et trois jours avant ils m’ont appelé pour me dire que finalement, j’irai sans assistance. C’est le genre de choses qui ont m’ont décidé à partir.
A quand remonte ta décision ?
Je l’ai prise une semaine après ma chute sur le Tour. J’avais déjà discuté avec Marc Madiot lors du Dauphiné où il m’avait proposé de revenir en France. Mais pour l’instant, je n’ai encore rien signé. Nous avons simplement passé un accord verbal à Bordeaux sur le Tour. Normalement, on partirait sur un contrat de trois ans.
La décision a-t-elle été simple à prendre ?
Non. Je suis parti de la FDJ avec Phil et je vais y retourner sans lui. Je lui en avais parlé mais lui est encore en contrat avec Omega Pharma. Peut être qu’il reviendra lui aussi par la suite mais avec toutes les propositions qu’il va avoir à la fin de son contrat ce ne sera pas évident de l’appâter ! (rires) Dès que j’ai su que je voulais partir, je lui en ai parlé. C’était pendant les classiques. A ce moment là, lui voulait que je prolonge. Mais on a parlé du fonctionnement de l’équipe, ils veulent surtout du rendement avec les coureurs belges. Phil l’a reconnu et m’a compris. C’est dur de le quitter mais j’ai toujours été honnête avec lui et cela ne changera rien à notre amitié. S’il m’avait retenu, je ne serai peut être pas parti. Mais il m’a conforté dans mon choix et c’était important pour moi d’avoir son approbation.
« JE PENSAIS PARTIR CINQ ANS »
Quand tu avais signé chez Omega Pharma-Lotto, savais-tu que tu reviendrais en France assez rapidement ?
Non. J’avais dit que je reviendrai en France mais je ne pensais pas que ce serait si tôt. Je pensais partir cinq ans et finalement j’aurai effectué l’expérience sur deux saisons pendant lesquelles j’ai beaucoup appris.
Que retiendras-tu de tes deux années chez Omega Pharma-Lotto ?
J’ai passé deux bonnes années avec les coureurs. Ce sont aujourd’hui de bons amis pour moi. Les relations entre coureurs sont vraiment différentes de ce que l’on peut voir en France. Quand je suis arrivé, je ne connaissais pas l’équipe et Greg Van Avermaet m’a invité trois jours chez ses parents lors d’une course alors que nous ne parlions même pas la même langue et que l’on ne se connaissait pas ! Les coureurs cherchent à se connaître, il y a une plus grande proximité entre eux. Ils sont moins réservés qu’en France. Au bout de trois mois, Jurgen Roelandts m’a proposé de partir une semaine en stage avec lui. Ce sont vraiment des gens ouverts et avec qui j’ai passé deux années sympathiques.
Penses-tu être prêt à assumer le rôle de leader ?
Je sais que je ne gagnerai pas Liège-Bastogne-Liège. Comme je dis, pour assumer le rôle de leader, il faut avoir été équipier. Je l’ai fait depuis le début de ma carrière chez les pros et je pense maintenant pouvoir jouer plus ma carte. C’est pour ça aussi que je reviens en France. Les propos de La Française des Jeux sont différents. N’importe qui peut faire un résultat. Dans ce sens là, les équipes Françaises sont plus ouvertes. Alors sur quelques courses, pourquoi pas oui, assumer un rôle de leader.
Photo : Mickaël Delage a eu l’approbation de Philippe Gilbert
Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com