
Moins de cinq mois après avoir quitté le poste de directeur sportif du VC La Pomme Marseille, Fabien Sanchez a remporté ce samedi le Circuit des 4 Cantons. L’ancien coureur professionnel, aujourd’hui licencié à l’AVC Aix-en-Provence, raconte à www.cyclismag.com sa joie d’être remonté sur le vélo. Entretien.
Propos recueillis par Nicolas Gachet (à Yzeure)
Cyclismag : Que représente cette victoire sur le Circuit des 4 Cantons (Epreuve élite nationale disputée en Auvergne) ?
Fabien Sanchez : A titre personnel, ce succès représente beaucoup de choses. C'est plus qu'une satisfaction. J'ai fait différents choix ces derniers temps. J'ai arrêté le vélo après les Jeux Olympiques de Pékin, avant de devenir directeur sportif l'an dernier puis de redevenir coureur cet hiver. Ce sont des choix professionnels, de vie privée et sportif, bien sûr. Gagner me rassure. Quand on a arrêté pendant un an et demi, on se pose beaucoup de questions. On ne sait pas trop où on en est.
T'attendais-tu à un tel retour ?
Non pas du tout ! J'ai gagné mais je pense fortement que je n'étais pas plus fort aujourd'hui. Pendant la course je suis allé voir mes équipiers pour leur dire que je me sentais vraiment très très bien mais je ne pensais pas pouvoir tenir jusqu'au bout. J'ai pu voir sur les dernières courses que je n'étais pas le plus fort en ce moment, ça ne fait aucun doute. Aujourd’hui (ce samedi), j'ai bien couru. Nous avons fait une belle course d'équipe en roulant au début car nous n'étions pas représentés dans l'échappée, puis en étant ensuite toujours dans les coups. C'est aussi pour cela que j'ai pu être devant dans le final.
« CE N’EST PAS UNE REVANCHE »
Peut-on parler de revanche ?
Ce n’est pas une revanche. A une époque je voulais prouver des choses. J’ai l’impression que je me battais surtout contre moi-même, et ça ne m’a vraiment rien apporté. C’est surtout pour ma femme que je suis content. Elle subit mes choix d’orientation. C’est également important pour mon club. Ils m’ont fait confiance cet hiver alors que ce n’était pas gagné, et d’ailleurs ce n’est pas gagné. Ce n’est pas parce que j’ai gagné une course que c’est fini. J’ai envie de leur montrer que je me donne les moyens de bien faire. J’ai envie de marcher. Avant si quelque chose ne fonctionnait pas, j’avais envie de balancer le vélo. Aujourd’hui j’ai envie d’en faire plus. Je me sens bien. Avant-hier, j’avais de très bonnes sensations à l’entraînement. J’ai dit à ma femme avant de partir de suivre la course sur DirectVélo, et qu’elle y verrait mon nom. Je ne pensais pas gagner, juste être échappé !
As-tu regretté cet hiver, à un moment, d’avoir repris le vélo ?
Non, une fois que la décision de reprendre a été prise, je n'ai eu aucun regret. L'envie est revenue l'année dernière à force d'aller sur les courses avec les coureurs. On voit l'ambiance, on voit la course mais au volant de la voiture, on ne vit pas la même chose. Cela donnait envie de revenir. Je n'ai donc jamais eu de regret même si, pour être honnête, on se pose des questions au niveau financier. La question de continuer ou non se posera encore en fin de saison par rapport à l'argent.
« JACKY MOURIOUX A OUBLIÉ DE SE REGARDER »
Pourquoi avais-tu arrêté le vélo à 25 ans ?
Quand j'ai arrêté la compétition, j'avais en fait une grosse saturation à force d'enchaîner la route et la piste. Cela se passait également très mal avec l'entraîneur national Jacky Mourioux.
Il n’a pas été tendre avec toi (1)…
Oui mais je pense qu’il a oublié de se regarder. Je pourrais également avoir des mots très durs envers lui. Jusqu’à maintenant, je ne l’ai jamais fait. Si on regarde ce qu’il a dit sur moi, je pense que j’ai la possibilité d’en dire beaucoup plus sur lui. On va dire que j’ai la correction de ne pas le faire. Ça me démange… J’ai décidé d’arrêter le vélo après le coup de grâce aux Jeux Olympiques. Quand il y a des sélections, tout se passe bien. Je suis dans la sélection et sur un jour lambda, il décide de me retirer. On se dit que les règles sont bafouées et qu’il a fait comme il en avait envie.
Avais-tu fait le deuil de ta carrière de coureur ?
Je pensais l’avoir fait puisque je n’ai pas touché au vélo pendant six mois quand j’ai arrêté. J’étais vraiment épanoui sans le vélo. Être entraîneur, donc être au contact des coureurs, m’a beaucoup plu. J’ai travaillé par exemple avec Alexandre Geniez, qui est passé pro (chez Skil-Shimano), Yannick Marié ou Mathieu Fabry. En revanche je n’ai peut-être pas la maturité aujourd’hui pour être directeur sportif. Je ne suis peut-être pas fait pour donner des ordres à un coureur, du moins pas pour le moment. Être directeur sportif était une contrainte.
Pourrais-tu occuper à nouveau cette fonction un jour ?
Pourquoi pas ? A la limite, j’aimerais bien. J’ai repris la fac cette année. Je passe une licence professionnelle dans tout ce qui est management, organisation ou gestion de structures. Cela pourrait m’aider dans la gestion d’un club. Ça ne sera peut-être pas l’année prochaine. Avant cela il faut que je voie si je peux durer sur le vélo. En tout cas, je pense qu’un jour on me reverra au volant d’une voiture.
« AVOIR ÉTÉ DIRECTEUR SPORTIF EST UN PLUS »
Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui à être coureur ?
Sincèrement, le plaisir d’être sur le vélo. Je sais que c’est con à dire mais c’est la vérité. Cela peut paraître dérisoire. A une époque le vélo était plus un travail et une corvée. Je ne me rappelais plus que c’était un plaisir d’être sur le vélo. J’avais perdu l’envie.
Même chez les professionnels ?
Je m’étais blessé, donc c’est spécial mais oui, effectivement. Mais aller en équipe de France sur piste était devenu une vraie contrainte. L’année dernière, en côtoyant les coureurs, j’ai vraiment eu le plaisir de partir en course qui est revenu. Cette année, l’envie s’est décuplée car il y a une ambiance spéciale entre coureurs qu’on ne peut pas partager quand on est directeur sportif.
Et aujourd’hui, avoir été directeur sportif t’aide-t-il sur le vélo ?
J’en parlais avec Jérémie Dérangère (SCO Dijon, 2e du Circuit des 4 Cantons). Je le redis, je ne pensais pas être le plus fort aujourd’hui mais je vois la course différemment que d’autres coureurs. Quand on est coureur, on se dit que les consignes ne sont pas forcément bonnes car ce n’est pas le directeur sportif qui est sur le vélo. Je vois la course différemment parce que j’ai été DS. Je gère la course différemment sur le vélo par rapport à avant.
(1) : Jacky Mourioux avait déclaré à www.cyclismag.com : « En poursuite individuelle, Fabien Sanchez était en-dessous de tout. C'est une confirmation de ce qu'il fait depuis 2004. » (Voir ici)
Photo : Fabien Sanchez n’avait pas fait le deuil de sa carrière cycliste
Crédit : Etienne Garnier - www.velofotopro.com