
8e au sommet du Mont Faron devant Vinokourov, le néo-pro Alexandre Geniez (Skil-Shimano) dévoile à www.cyclismag.com ses objectifs sur Paris-Nice.
Propos recueillis par Thomas Djezzane
Cyclismag : Outre ta performance sur le Tour Med, tu as fini 6e dimanche dernier des Boucles du Sud-Ardèche. Comment expliques-tu ce bon début de saison pour tes premiers pas chez les pros ?
Alexandre Geniez : C'est plutôt une surprise. Je ne m'attendais pas à marcher si tôt. Certes, je voulais être en forme dès la reprise, pour faciliter mon intégration, remercier mes dirigeants et profiter de mes routes d'entraînement (NDLR : originaire de l'Aveyron, Alexandre Geniez s'est installé à Marseille depuis sa saison 2009 passée chez les amateurs du VC La Pomme. Il en a déménagé au début de cette semaine). Il s'agissait aussi d'aider Skil-Shimano à se distinguer d'entrée par de bons résultats. Donc, j'espérais au fond de moi... Je m'étais bien préparé. J'étais très motivé. L'équipe me soutient.
Qu'as-tu appris ?
J'ai découvert un nouveau monde. Il y a deux ans, j'étais presque encore un coureur amateur de deuxième catégorie. Donc, j'ai encore de nombreux progrès à faire. Skil-Shimano m'a offert une opportunité : nous allons grandir ensemble. Pour la première fois, je travaille avec un entraîneur, Merijn Zeeman. J'applique ses plans à la lettre. Au début, j'étais étonné par ses programmes, j'avais mes propres idées sur les sorties d'entraînement. Puis je lui ai fait confiance et je suis très content. Nous avons aussi réalisé des tests de position pour le contre-la-montre sur une piste aux Pays-Bas, lors du stage hivernal. J'ai découvert de nouvelles choses sur le plan de l'alimentation avec la diététicienne de l'équipe. Au lieu de trois grands repas par jour, elle propose de fragmenter la prise de nourriture.
« C’EST DANS MA NATURE DE ME BOUSCULER »
En parallèle, tu as choisi de continuer tes études...
Plus précisément de les reprendre. Je suis en dernière année de licence de Staps à la Fac de sport de Marseille. Je n'aime pas rester sans rien faire. Entre son entraînement, sa récupération, ses compétitions, un coureur pro a du temps libre. J'ai toujours eu besoin de trouver des activités complémentaires. Donc, j'ai demandé à mon manager s'il était d'accord pour que je m'inscrive à la fac. Il m'a demandé si ça contribuerait à mon équilibre. Je lui ai répondu oui. J'ai son feu vert pour mener à bien cette dernière année d'étude. A la fac, je rencontre d'autres personnes que des cyclistes, je pense à autre chose que le vélo. C'est difficile de tout concilier mais cette vie-là me plaît.
Dans ce contexte de nouveautés pour toi, on imagine que tu es satisfait de ton début de saison ?
Plutôt. Mais ça aurait parfois pu être mieux. Sur la deuxième étape du Tour Méditerranéen, j'ai été éjecté du peloton sur une erreur de placement. J'étais très déçu sur le coup...
C'est ce qui t'a motivé pour terminer en boulet de canon sur le Mont Faron ?
Oui, entre autres. C'est dans ma nature de me bousculer. Je n'avais pas fait grand chose sur les étapes précédentes. Si je n'avais rien fait au Faron, je me serais posé des questions. Autant partir en vacances la fois prochaine ! Et puis, encore une fois, je voulais apporter un bon résultat à l'équipe, et lui prouver des choses. Je ne m'étais pas montré si fort sur le stage de janvier aux Baléares.
« JE PENSE DÉCOUVRIR UN NOUVEAU MONDE »
L'équipe te met-elle la pression ?
Absolument pas ! Elle veut que je progresse pas à pas. C'est aussi pour cette raison que malgré ces quelques résultats, je n'étais pas certain d'être retenu sur Paris-Nice. La nouvelle est tombée au milieu de la semaine dernière. Certains directeurs sportifs me protègent vraiment. Ils estiment sans doute que j'ai beaucoup à apprendre et ils ne veulent pas me griller.
Cette participation te fait-elle plaisir ?
Là aussi, je pense découvrir un nouveau monde. A la Ruta del Sol, en Espagne, j'étais parfois impressionné par le rythme du peloton, dans le final des étapes et dans certaines ascensions. Je m'attends à ce que Paris-Nice soit encore plus difficile. Si je n'avais pas été sélectionné par l'équipe, ça n'aurait pas été un drame. Ma participation est un gros bonus, une expérience de plus. Je vais faire de mon mieux pour aider l'équipe. D'autant que nous aurons un bon effectif. [L’équipe est composée de Yann Huguet, Thierry Hupond, Simon Geschke, Koen De Kort, Albert Timmer, Roy Curvers et Tom Veelers.]
« CONTINUER À PROGRESSER »
Quel sera ton rôle ?
Nous n’en avons pas encore parlé. Pour les étapes plates ou vallonnées, on a un sprinteur, Tom Veelers. Ensuite, il y a des étapes plus escarpées. Je pense qu’on aura un leader pour chacune d'entre elles. Pourquoi pas bénéficier un jour d'une ouverture ?
Sur l'étape de Mende, par exemple ?
C'est vrai qu'elle m'intéresse vraiment. En 2008, j'avais terminé 4e du contre-la-montre de la Coupe de France Look dans la Montée Jalabert. Je suis allé la reconnaitre à l'entraînement jeudi et elle est toujours aussi dure. Peut-être qu'il manque deux ou trois kilomètres d'ascension mais ça me va déjà très bien. Je sais qu'il faudra être placé avant le panneau des cinq derniers kilomètres. Mais je suis réaliste. Je ne m'attends pas à rééditer ma 8e place du Tour Med. Le niveau sera beaucoup plus élevé.
L'étape passe par le village de Saint-Geniez. C'est un signe ?
Peut-être. En tout cas, mes grands-parents habitent cinq kilomètres à côté. Enfin, ce sont de pures coïncidences.
Qu'attends-tu de ce Paris-Nice en-dehors de l'étape de Mende ?
Prendre une échappée matinale, peut-être me bagarrer pour le maillot des grimpeurs. Les deux objectifs sont un peu liés puisque, en général, c'est en étant devant le plus tôt possible qu'on récolte le plus de points. Mais je n'aime pas forcément annoncer des objectifs à l'avance. D'ailleurs, ce Paris-Nice est avant tout une occasion de continuer à progresser.
« IL N’EST PAS QUESTION DU TOUR POUR MOI EN 2010 »
Dans son dernier numéro, Vélo Magazine s'interroge sur tes chances sur ce Paris-Nice : "Jamais deux sans trois ?". Deux autres Français de Skil-Shimano se sont révélés sur la course ses dernières années, Clément Lhotellerie puis Jonathan Hivert...
Je sais qu’ils avaient bien marché mais on ne me met pas la pression. Cela dit, Paris-Nice est un rendez-vous très important pour Skil-Shimano. Pour moi, ce sera un test.
Un test également pour ton équipe, qui brigue une wild card sur le Tour de France ?
Exactement. De bons résultats sur Paris-Nice peuvent nous aider à décrocher cette wild card sur le Tour (les invitations seront connues fin mars, NDLR). Malgré la très forte concurrence, c'est jouable pour nous. Cette invitation est le premier gros objectif de Skil-Shimano. Nous le savons tous. Les coureurs en parlent beaucoup entre eux. Et pourtant, les dirigeants ne nous ont pas mis tant de pression que ça !
Une sélection de Skil sur le Tour, ça ne doit rien changer pour toi ?
Si, parce que je vais faire de mon mieux pour y contribuer. Je serais content, si nous réussissions, pour mes dirigeants et pour mes coéquipiers plus expérimentés, qui ont toutes leurs chances de courir le Tour. En tant que néo-pro, je ne suis, a priori, pas concerné. D'ailleurs, je ne sais pas si ce serait une bonne chose d'y aller dès la première année. Qu'est-ce que je pourrais y faire ? Tout simplement, en ai-je les capacités ? Les dirigeants sont prudents et moi je suis réaliste. Donc, il n'est pas question du Tour pour moi en 2010, surtout quand la wild card n'est pas acquise. D'un autre côté, j'étais très étonné d'une discussion que nous avons eue au stage. On m'a demandé mon avis sur une éventuelle participation. Peut-être que c'était pour me tester. Mais peut-être aussi qu'on pourrait faire ce pari. Il y a peu de chances mais Skil-Shimano est une équipe qui laisse toutes les portes ouvertes.
Photo : Alexandre Geniez : « Paris-Nice est un gros bonus »
Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com