
En 1926, sur une idée de Georges Berretrot, le speaker autant officiel qu’emblématique des six jours de Paris , Mademoiselle Chouquette fut élue «reine des six jours». Pour la première fois, «Monsieur 10 pour cent» prononça le vendredi 9 avril au soir la phrase qui allait devenir rituelle et protocolaire : « Pour sa grâce et sa générosité, est proclamée ''Reine des six jours''…»
Collaboration de Jean-Pierre de Mondenard
Georges Berretrot, dans son ouvrage « Minuit l’heure des primes » (1) nous révèle comment il est devenu le grand électeur de la Reine des six jours : « Je vous affirme que les femmes jouent un grand rôle dans les six jours. Elles contribuent largement au succès de la course et la font, terne ou animée, selon leur bon vouloir… et le degré de fortune de leur « chevalier servant ». En arbitrant ces conflits de prestige, je pensais dans ma petite tête, qu’il fallait trouver un moyen élégant de récompenser tant de générosité. Cela méritait bien qu’on s’y intéressât quelque peu. Je me dis que l’élection d’une « Reine des six jours » ne serait pas mal du tout. Avec ce titre comme enjeu, nul doute que « femmes » qui se dévoraient déjà simplement pour le plaisir, seraient prises d’une ardeur nouvelle. J’avais visé juste et mon raisonnement devait, comme vous allez le voir, répondre et même dépasser toutes mes prévisions.
MADEMOISELLE CHOUQUETTE
C’est en 1926 que je lançais cette idée. Dès le premier soir, j’avais remarqué qu’une jeune femme, agréable, très sympathique et épaulée par plusieurs courtisans, donnait des primes fort bien accueillies par le public. Elle se faisait appeler Chouquette. C’était un nom d’emprunt qui faisait bien populaire. Elle venait chaque soir, fidèlement, dans la même loge. En me renseignant auprès du service de location, j’appris que « Mademoiselle Chouquette » avait retenu cette loge pour toute la durée des six jours. « Voilà mon affaire, me dis-je ». Chouquete ne ralentit pas son effort financier les deux premières soirées. Au cours de la troisième, j’allai la trouver :
-Si vous continuez sur le même rythme, lui fis-je remarquer, je vous élirai « Reine des six jours»
L’idée lui plut considérablement et ce qui fut dit fut fait. Le vendredi soir, pour la première fois, on m’entendit prononcer la phrase qui allait devenir rituelle et protocolaire : « Pour sa grâce et sa générosité, est proclamée ‘’Reine des six jours’’…. »
LA REINE ET LE ROI, GEORGES BERRETROT
J’étais le grand électeur de la reine, bien entendu, et son sacre ne dépendait que de moi. Pour une si grande circonstance, on me vit revêtir le smoking et arborer l’œillet rouge. Mes nouvelles fonctions l’exigeaient. Ce fut le point de départ de cette royauté éphémère, de cette royauté qui s’achète un bon prix. Ce couronnement obtint un grand succès. A ce moment-là, on n’était pas encore envahi par toutes les «Misses» qu’on nous sert maintenant à la pelle. Il n’y avait pas de « Miss Poubelle », « Miss Pénicilline », «Miss Autobus». On ne connaissait qu’une royauté : celle de la Reine des Reines qu’on promenait à travers Paris, sur son char, précédé par le bœuf gras. La couronne dorée des six jours allait donner un nouveau relief à la course. Les concurrentes allaient s’affronter au moins pour un enjeu qui, bien qu’officieux, les parerait d’une auréole de gloire. »
DES REINES VEDETTES
Parmi les Reines des Six Jours certaines sont toujours en vie comme Annie Cordie (pseudonyme de Léonie Cooreman). Née le 16 juin 1928 à Bruxelles-Laeken, cette artiste de variétés, comédienne est la Reine des Six Jours 1953. Elle avait déjà suivi le Tour de France en 1952 ( pour Ricard). Elle suivra d'autres Grandes Boucles notamment en 1955 et 1970 . «Mon premier Tour de France date de 1952 et je chantais alors pour le compte d’une grande marque d’apéritif dont la vedette n’était autre que Tino Rossi. Notre spectacle connut un succès prodigieux et je puis dire que c’est au Tour que je dois d’avoir été lancée.» [in « Almanach du Cyclisme » par G. Caput et Ch. Eclimont. – Paris, éd. Méréal, 1998. – 303 p (p 102)]
La comédienne Paulette Dubost fut sacrée en 1938. Yvette Horner qui a suivi onze Tour de France entre 1952 et 1962 avec son accordéon, est couronnée pour les Six Jours 1954.
Enfin, Irène Hilda, élue en 1951, est une des Reines au destin le plus marqué par son époque.
Cette chanteuse, comédienne de cinéma et productrice de télévision est née aux Etats Unis à Richmond. En surfant sur internet, nous apprenons beaucoup de choses. Ses parents de confession israélite étaient partis aux Etats Unis pendant le 1re guerre. Elle arriva en France en 1926. En 1940, elle repart aux USA. Elle s'engage dans le théâtre aux armées. Elle débarque à Omaha Beach et assiste au procès de Nuremberg. Elle a la double nationalité franco-américaine. Irène Hilda a hérité du surnom « la patronne des roule-toujours »
(1) Berretrot G. .- Minuit l’heure des primes. – Paris, éd. Fournier-Valdès, 1950. – 371 p (pp 282-283)
(2)Données d’état civil confirmées par documents officiels
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