
Leader de l’Etoile de Bessèges avant la dernière étape, Arnaud Molmy n’a pas pu prendre le départ en raison d’une gastro-entérite. Le coureur du Team Roubaix-Lille Métropole fait part de sa déception à www.cyclismag.com. Entretien.
Propos recueillis par Nicolas Gachet (à l’Etoile de Bessèges)
Cyclismag : Quel est ton état d’esprit alors que tu t’apprêtes à ne pas prendre le départ de la dernière étape de l’Etoile de Bessèges ?
Arnaud Molmy : Je suis un peu abattu par ce qu’il m’arrive. Je suis frustré. Je suis tellement à plat que je ne me rends pas vraiment compte à côté de quoi je passe. Ça fait mal au cœur. Nous avons entendu que beaucoup d’équipes étaient décimées. Mais c’est dommage que ça tombe sur nous, et sur moi qui suis leader de la course. C’est un peu dommage. Je suis déçu. Je perds la course sans pouvoir me battre. Je ne sais pas si j’aurais pu garder le maillot, c’est possible… mais là je le perds sans pouvoir le défendre.
« UNE GRANDE DÉCEPTION »
Tu t’étais imaginé vainqueur de l’Etoile de Bessèges ?
Je me voyais déjà en train de me battre. Je m’imaginais défendre le maillot et faire un super sprint à l’arrivée. Là tout est réduit à néant. C’est une grande déception qu’il m’arrive ça sur une belle course par étapes. Il y a certaines maladies avec lesquelles on peut quand même courir une journée supplémentaire. Mais pas avec la gastro-entérite. Je suis vraiment à plat.
Prendre le départ était donc impossible ?
Oui, ce n’était pas possible. Là je viens de marcher 200 mètres, mais dès que je me lève, j’ai limite des vertiges. J’ai eu des diarrhées et des vomissements toute la nuit. Je suis carrément à plat. Je n’ai pas mangé depuis hier soir (samedi). J’ai juste réussi à boire un coca. Je n’ai jamais pensé que je pouvais prendre le départ dans ces conditions-là.
Qu’est-ce que tu te dis au moment où tu es présent sur le lieu de départ sans pouvoir courir ?
Je me dis que j’ai réussi à gagner ma première course chez les professionnels. Mais je suis vraiment dégoûté. Hier soir, j’ai regardé le palmarès de l’épreuve. Et je me suis dit qu’il y avait moyen de faire un bon truc. Tout le monde était sur-motivé. Au repas, c’était vraiment super.
« DU NÉANT À LA LUMIÈRE PUIS AU NÉANT »
Que retiendras-tu de ta semaine ?
J’ai passé une bonne semaine. Toute l’équipe a super bien travaillé pour moi. A titre personnel, je retiens que je me suis bien intégré chez les professionnels. J’ai réussi à être dans les coups pour les sprints face à de grands sprinteurs. C’était super. Hier, je me suis étonné dans les bosses. Je suis passé cette semaine du néant, à la lumière pour revenir dans le néant. C’est un peu bizarre.
Tu n’as jamais semblé en difficulté samedi sur l’étape reine de l’épreuve…
Dans le col de la Baraque, j’étais en 10e position. Je n’ai jamais été en grande difficulté. Quand il y avait des cassures, de 30 ou 40 coureurs, j’étais devant. J’avais encore des ressources pour faire le sprint. J’étais vraiment heureux après l’étape, et j’étais déjà dans ma course pour aujourd’hui (dimanche), et finalement il n’y aura pas d’aujourd’hui !
Tu gagnes samedi en franchissant la ligne en deuxième position, est-ce frustrant ?
C’était frustrant mais quand je suis sorti du rond-point, je l’ai vu (Samuel Dumoulin, qui a été déclassé, NDLR) avec 200 mètres d’avance. Je me suis dit que j’allais sprinter comme si je jouais la victoire. J’étais sûr de mon coup. L’émotion n’est pas la même que quand on gagne, mais bon j’ai quand même savouré. Nous étions prêts pour aujourd’hui.
« JE SAIS MAINTENANT QUE JE PEUX Y ARRIVER »
Arrives-tu à penser à la suite ?
Après Bessèges, nous allons à Carcassonne en vue du Tour Méditerranéen. Je ne sais pas s’il est raisonnable que je le dispute. Il faudra voir comment je suis ce lundi. Je suis quand même motivé pour le Tour Med’ ou le Tour du Haut-Var. Je sais maintenant que je peux y arriver.
Ta motivation est-elle encore plus forte après ce début de saison déjà réussi ?
J’étais motivé pour découvrir, pour apprendre. Je ne dis pas que je vais réussir à tous les coups, mais je sais que je peux y arriver comme je viens de le dire. Ça ne marchera pas à chaque fois même si a été le cas à Bessèges. Ça reste le début de saison, tous les coureurs ne sont pas à 100 %. En tout cas, dès que je vais retrouver un semblant de forme, je repartirai motivé à l’entrainement.
Avec un esprit revanchard ?
Oui un petit peu. Enfin, on ne peut en vouloir à personne. Ça sera une revanche sur le sort ! Les autres coureurs n’y peuvent rien. Je suis très motivé. J’ai hâte de revoir une flamme rouge en étant placé dans les dix premiers du peloton, et de réussir à faire des places.
« JE PENSE AUX CHAMPIONNATS DU MONDE »
Tu es devenu une star sur le réseau social Facebook…
Une star, je ne sais pas (rires). C’est vrai qu’il y a beaucoup de messages sur mon mur. Tous les sites internet parlent de moi. C’est surprenant et marrant, mais je ne m’arrête pas là-dessus. Dans le peloton, personne ne m’a pris de haut. Tout le monde est venu me féliciter. Les coureurs ont vu que nous avons travaillé, et que nous ne devons rien au hasard. Nous étions parmi les meilleures équipes. On sait que ça ne sera pas pareil toute la saison. Il y a des grosses artilleries, des parcours plus difficiles etc… mais je pense que les équipes nous respectent. C’est réciproque. Ce n’est pas parce qu’on avait la possibilité de battre les grosses équipes qu’on se prenait pour les meilleurs. Nous sommes à notre place, et on essaie de s’y tenir.
Tu gardes donc la tête sur les épaules ?
Ce n’est pas parce que j’ai gagné une course que je vais me croire arrivé. Nous sommes à la mi-février, même pas ! Tout reste à faire. Ce qui est fait n’est plus à faire, c’est sûr. Si on m’avait dit cet hiver que j’allais gagner une course cette année, j’aurais été content. C’est super en plus car j’ai deux autres podiums (2e et 3e d’étape). On va essayer de continuer. Toute l’équipe est motivée. Nous avons une bonne équipe, bien dirigée. Tout va bien de ce côté-là.
En fin de saison, il y aura le Championnat du Monde espoirs à Melbourne disputé sur un circuit qui pourrait avantager les sprinteurs. Penses-tu déjà à ce rendez-vous ?
Je suis toujours un peu en contact avec Bernard Bourreau. Je ne sais pas comment il va faire ses sélections. On lui demandera peut-être de se tourner vers un axe amateur. Nous verrons avec Cyrille (Guimard, directeur sportif de Roubaix-Lille Métropole). Si Bernard me veut pour des sélections ou le Mondial, on va réfléchir. C’est un défi auquel je pense. Il serait vraiment super d’aller en Australie, où le circuit est annoncé plat. J’ai bien commencé l’année, alors pourquoi ne pas bien la finir ? Je suis motivé pour retourner en équipe de France espoirs. On apprend beaucoup en sélection. Il y a des belles courses à faire. Et puis je retrouverai des coureurs avec qui j’ai couru l’an dernier, et je sais qu’il y aura une super ambiance.
Photo : Arnaud Molmy aura été la révélation de l’Etoile de Bessèges
Crédit : Etienne Garnier - www.velofotopro.com