
Invaincu depuis 2006 sur les Championnats de France de cyclo-cross, Arnaud Jouffroy a échoué samedi dans la conquête d'un nouveau titre national. Le jeune héraultais, qui a déménagé en Belgique, a vécu beaucoup de changements dans sa vie sportive cette année.
Par Antonin Hudrisier
À quelques jours du Championnat de France Espoir de cyclo-cross, Arnaud Jouffroy se voyait bien une nouvelle fois en bleu-blanc-rouge : "Je veux être champion de France tous les ans en Espoirs puis en Élite..."(1)
Samedi, sur le circuit de Liévin cela n'a pas suffi : champion de France de cyclo-cross en 2006 chez les cadets, en 2007 et 2008 chez les juniors et en 2009 chez les espoirs, le jeune Héraultais n'a pas accompli la passe de 5 et s'est incliné au sprint face au Breton Matthieu Boulo. Pourtant, le circuit gelé ne l'inquiétait pas avant l'épreuve : "J'ai déjà fait plusieurs courses dans la neige et sur le verglas, avec les jambières" (1) Arnaud Jouffroy a quitté depuis quelques semaines le Cap d'Agde pour vivre en Belgique. Fin octobre, il a rejoint l'équipe BKCP-Powerplus managée par Christoph Roodhooft et qui compte dans ses rangs le champion du Monde Niels Albert. En l'espace de quelques jours, sa vie a profondément changé.
UN NOUVEAU PROGRAMME
Habitué à courir essentiellement en France et en Coupe du Monde, Arnaud Jouffroy enchaîne les courses de haut niveau depuis le début du mois de novembre, et ne se contente pas des épreuves espoirs. Il est au départ de cyclo-cross "élites", au contact des meilleurs mondiaux de la discipline : 38e à Overijse, 31e à Anvers, 19e à Tervuren, il progresse de sortie en sortie face aux cadors Belges, Néerlandais et Tchèques. Mais l'enchaînement des courses n'est pas forcément un bonus : dans les jours qui ont précédé le Championnat de France, il a disputé cinq cyclo-cross. Et reconnaît que l'accumulation a peut-être pesé dans le final de la course au maillot tricolore : "Cela a peut-être joué sur mon état de fraîcheur" (2).
Outre les courses ouvertes aux élites, l'ancien Champion du Monde Junior dispute en Belgique toutes les manches du Superprestige et du GVA Trofee. Au départ, le plateau est sensiblement le même qu'en Coupe du Monde : les Belges Tom Meeusen et Jim Aernouts, le Slovaque Robert Gavenda, le Polonais Kacper Szczepaniak ou le Néerlandais Tijmen Eising sont ses adversaires tous les week-end. Dans ce contexte très relevé, son meilleur résultat reste une 3e place en Coupe du Monde, à Koksijde (Belgique) à la fin du mois de novembre.
TROP DE COURSES ?
Vainqueur prolifique depuis les rangs cadets, Arnaud Jouffroy a aussi appris à se contenter de places d'honneur : il n'a obtenu que deux victoires cette saison, sur des cyclo-cross régionaux disputés... chez lui à Florac en début de saison, et à Carsan à l'occasion du Championnat du Languedoc-Roussillon, sa seule course en France depuis le mois de novembre.
Son programme chargé inquiète d'ailleurs son ancien entraîneur, Dominique Arnould : "J'ai peur qu'il ait trop couru cet hiver et qu'il arrive émoussé. Le fait d'être moins sûr de lui, moins confiant peut avoir son importance, sans oublier qu'il rejoue son titre." (3) Jean-Yves Plaisance, l'ancien entraîneur national de la discipline est du même avis : "Même si je l'ai perdu de vue, la charge de travail qu'il a enduré depuis son arrivée en Belgique me fait un peu peur. Mieux vaut moins courir mais mieux..." (3). Même credo pour Pierre-Yves Chatelon, entraîneur national : "Arnaud Jouffroy n'a pas progressé du tout. Il a aussi perdu l'habitude de lever les bras. Cela peut avoir son importance." (3)
De son côté, Arnaud Jouffroy fait abstraction des critiques et retient son amour pour la discipline : "C'est simple, le fait d'être en Belgique me fait encore plus aimer le cyclo-cross."
UNE NOUVELLE VIE
La Belgique, un changement tout de même radical pour l'Héraultais, qui avait toujours bénéficié du soutien de sa famille et notamment de son père. L'année dernière, il était rare de ne pas croiser la famille Jouffroy sur les courses disputées par le puîné, ou de ne pas apercevoir le père, ancien athlète de niveau national, au volant de la voiture Bbox Bouygues Telecom fournie par son ex-équipe Vendée U. Finies aussi les fameuses vidéos qui avaient rendu son blog personnel très populaire dans le milieu cycliste (visité plus de 600 000 fois). Arnaud Jouffroy est maintenant livré à lui-même, dans la maison qu'il occupe avec ses nouveaux équipiers Tchèques, Lubomir Petrus, son tombeur au Championnat d'Europe Junior, et Radomir Simunek, vainqueur d'une Coupe du Monde Élite en 2006 à Tabor. Et à 19 ans, il découvre l'autonomie, avec son lot d'erreurs et d'hésitations : "Avant, ma mère s'occupait de tout (en matière d'alimentation), et j'ai fait un peu n'importe quoi. Je faisais des crises d'hypoglycémies pendant les courses." (1)
Les vacances de Noël et la visite de ses parents ont permis de rectifier le tir : "On va acheter des bouquins de cuisine et s'y mettre." (1) Ses bonnes relations avec son équipier espoir Petrus permettent peut-être de compenser le vide laissé par l'absence de ses proches. D'autant plus que les deux coureurs se sont trouvés deux passe-temps communs : les chats et les jeux vidéos !
Sources : (1) L'Équipe (09/01)
(2) www.directvelo.com
(3) Ouest-France (08/01)
Crédit photo : Régis Garnier - www.velofotopro.com