
Francis Mourey était lancé dans un cavalier seul au Championnat de France de cyclo-cross, ce dimanche. Heureusement pour le suspense, il a crevé à la mi-course.
Par Antonin Hudrisier
LE GENRE
Vous y avez cru, hein ?
LES GRANDES LIGNES
Le premier tour a permis de mettre tout le monde d'accord : Francis Mourey (Française des Jeux) est le plus puissant et il ne reste plus que les miettes de la deuxième place à se mettre entre les dents pour le groupe de poursuite, très conséquent dans le deuxième tour. Avant la mi-course, tout est à refaire : Francis Mourey crève (roue avant), et doit accepter le retour de Steve Chainel (Bbox Bouygues Telecom) et Nicolas Bazin (CC Villeneuve St Germain). Ce dernier est éliminé sur chute, et Steve Chainel attend son heure dans la roue du champion de France en titre. Le protégé de Marc Madiot sort de la prairie en tête, et s'impose sans difficulté. C'est son 5e titre de champion de France Élite.
LA PERFORMANCE : NICOLAS BAZIN SUR LE PODIUM
Lâché après une chute dans les derniers tours par le duo Mourey-Chainel, Nicolas Bazin a résisté, seul, pour finir sur le podium du Championnat de France. Sa médaille de bronze parachève une saison réussie : 2e du Challenge National, il a aussi été régulier en Coupe du Monde en décembre, avec une 24e place à Zolder (Belgique) fin décembre et une 35e position à Kalmthout (Belgique).
De nouveau amateur depuis le premier janvier (il était professionnel dans l'équipe Differdange), son meilleur résultat sur un Championnat de France Elite masque une situation difficile pour lui : "Je visais une place en Continental dans une équipe française mais je n'avais les résultats sur route, ce que les équipes regardent en priorité. J'ai 26 ans, je ne vais pouvoir continuer longtemps dans ces conditions précaires. Si ma situation n'évolue pas, je serai contraint d'arrêter le vélo l'an prochain."
LA DÉCEPTION : ENCORE UNE DEUXIÈME PLACE AU SPRINT POUR CHAINEL
Battu dans un sprint qu'il avait lancé de très loin l'an dernier à Pontchâteau, Steve Chainel avait bien retenu la leçon. Ce dimanche à Liévin, il s'est bien sagement calé dans la roue de Francis Mourey jusqu'à la dernière ligne droite. Le problème, c'est qu'il y est resté jusqu'à la ligne d'arrivée.
Toutes les conditions étaient pourtant réunies pour le coureur de Bouygues Telecom : un parcours roulant, propice à un sprint, l'un de ses points forts sur route (notamment sur le Giro ou le Tour de Pologne). Mais aussi les pépins techniques de Mourey à la mi-course : pour Chainel, un peu juste physiquement au départ, c'était du pain béni. À l'arrivée, comme à Pontchâteau il y a un an, il ne peut qu'assister de très près à la victoire du meilleur Français de la discipline.
LES CHIFFRES
5 : Le nombre de titres de champion de France élite de Francis Mourey
2 : C'est la deuxième fois que Francis Mourey s'impose à Liévin. En 2005, il y avait devancé John Gadret
3 : Le nombre de titres de champion de France remporté au sprint par Francis Mourey (Liévin en 2005, Pontchâteau en 2009 et Liévin en 2010)
50 : Le nombre de dents du grand plateau de Francis Mourey
12 : Le nombre de dents du petit pignon de Francis Mourey
8,74 : Le développement, en mètres tiré par Francis Mourey dans les derniers mètres de l'épreuve. C'est 870 centimètres de plus que celui de son dauphin
6 : Le nombre de pros dans les 15 premiers : Francis Mourey, Steve Chainel, mais aussi Arnold Jeannesson (Caisse d'Épargne), Jean-Eudes Demaret (Cofidis), John Gadret (AG2R-La Mondiale) et Johan Mombaerts (Auber 93).
38 : La place, à 39 ans, de David Pagnier, champion de France élite en 2001.
LA BONNE NOUVELLE : JEAN RENÉ GODART EN PLEINE FORME
Quel plaisir de retrouver Jean-René Godart au micro de France 4 en ce début d'année. Mais il y a une nouveauté en 2010 : il ne râle plus quand il voit des coureurs doublés à l'image. Jean-René a même pris une bonne résolution : il les complimente lorsqu'ils se poussent pour laisser passer la tête de course.
Cette année, Jean-René Godart s'intéresse aux jeunes : il a rappelé le titre de "Mati" Boulo en espoir, mais aussi la victoire de Duculty en junior. Bon c'est David Menut qui a gagné, mais ce n'est pas grave, c'est le geste qui compte ! Il faudra lui dire que le club d'Antony Chamerat-Dumont n'est pas Charnieu Chavanel... Il va être déçu, il trouvait certainement que cela ressemblait au nom de Sylvain.
En 2010, Jean-René Godart se dévoile : il a donné, au moment du départ, sa date d'anniversaire : il faudra penser à lui souhaiter.
LA TENDANCE
David Derepas (UVCA Troyes) : 23e à Zolder en Coupe du Monde fin décembre et 4e du classement final du Challenge National, il confirme aujourd'hui en prenant la 4e place, à 12 secondes du podium.
Arnaud Labbe (GSC Blagnac) : Amateur depuis début janvier au sein du GSC Blagnac, il a su se remettre dans la course après des ennuis en début de course. Il termine 5e à Liévin, 5 ans après avoir pris la médaille de bronze sur ce circuit.
Laurent Colombatto (AC Bisontine) : Surprenant deuxième en début de saison à St Quentin, il est plus en retrait depuis quelques semaines, mais accroche quand même la 8e place.
John Gadret (AG2R-La Mondiale) : Vice-champion de France sur ce circuit il y a 5 ans, le coureur d'AG2R-La Mondiale a été perturbé dans sa préparation. Actif en début de course, il échoue à la 11e place après avoir cassé son dérailleur.
Jonathan Lopez (VC La Pomme Marseille) : Grand animateur l'an dernier, il a connu un hiver difficile et hésitait à prendre le départ. Il n'a pas franchi la ligne.
L'ANALYSE DE JEAN-PIERRE TREIBER, SPÉCIALISTE DES SOUS-BOIS
"Francis Mourey a fait un beau Championnat de sous-bois. J'ai beaucoup aimé sa tenue de camouflage : du blanc avec un petit peu de bleu, c'est vraiment une bonne idée pour se cacher dans la neige. Par contre, on m'a dit qu'on lui avait filé à 16h un maillot bleu, blanc et rouge à l'arrivée, je me demande vraiment si ce n'est pas trop voyant pour la suite de sa cavale.
Liévin, c'est une bonne trouvaille pour sa planque. Je suis sûr qu'après la course, avec les tonnes de détritus et de restes de sandwichs laissés par les spectateurs, il y a de quoi manger pendant deux semaines sans avoir besoin d'aller en ville. En plus, j'ai repéré à la télévision un petit bosquet en haut d'une butte : jamais les gendarmes n'oseront monter jusque là-haut pour venir le chercher.
Et puis, on sent de grandes aptitudes chez lui quand il est en situation critique : le gendarme en bleu qui l'a rattrapé à la mi-course s'est bien fait avoir !
Quand je m'évaderai de nouveau, j'espère pouvoir partager une cavale avec lui. Il est expérimenté et peut jouer le titre de champion du Monde."
Photo : "Francis Mourey en bleu-blanc-rouge, comme d'habitude"
Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com