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    Les bonifications intermédiaires

    Posté le Vendredi 30 octobre 2009 @ 21:52:39

    Suite de notre semaine consacrées aux articles visionnaires. De nouveau, Albert Baker d'Isy cherche un moyen pour animer les courses par étapes en récompensant les attaquants qui ne vont pas au bout de leurs offensives. Déjà, dans les années 50, les étapes pouvaient arriver au sprint.






    Par Dominique Turgis


    LE CONTEXTE

    Second article d'Albert Baker d'Isy, toujours daté de 1959 et encore écrit dans Ouest-France. Albert Baker d'Isy est un journaliste spécialisé dans le cyclisme, « le plus aimé des coureurs » selon l'autre journaliste Jacques Augendre qui a travaillé avant guerre puis après-guerre. Il est mort cuit par l'alcool en 1968.
    Ce 5 août 1959, son papier est écrit après avoir encore vu une course bloquée sur l'étape du Tour de l'Ouest qui arrive à Cherbourg. Déçu par ce déroulement, il cherche à imaginer un moyen d'animer une course à étape d'une semaine en récompensant au classement général - le but d'une course par étapes – les attaquants qui rendent les étapes moins fades.

    LES PREVISIONS

    « Nous avons déjà exprimé notre opinion là-dessus. Dans le Tour de France, nous sommes contre, car les bonifications ne sont pas utiles. L'épreuve étant assez longue et comportant assez de difficultés, les écarts sont suffisants pour échelonner les valeurs.
    Au surplus, le classement par points, avec sa nouvelle réglementation, accorde déjà une prime suffisante aux vainqueurs d'étapes. »
    A cinquante ans de distance, Albert Baker d'Isy et Christian Prudhomme partagent la même vision. Ils sont contre les bonifications dans le Tour de France. En 1959, à l'époque où le journaliste écrit, les bonifications existent encore dans le Tour. Elles sont apparues dans le Tour en 1923, aux arrivées uniquement. A cause des bonif', Martano a perdu le Tour en 1933 et Edouard Fachleitner en 1947. Pour aider les grimpeurs et compenser l'éloignement des derniers cols, de l'arrivée, Henri Desgrange distribue aussi des bonifications au sommet des cols à partir de 1934. Par moments ces bonifications sont même amplifiées par l'avance du premier sur le second en haut du col. En 1953, les bonifications sont supprimées en haut des cols.

    L'INVENTION DES POINTS CHAUDS BONIFICATIONS

    « Par contre, en ce qui concerne le Tour de l'Ouest, comme les autres épreuves régionales de durée limitée et de parcours non montagneux, on peut envisager d'utiliser les bonifications pour départager les concurrents.
    Mais il serait injuste de les réserver aux « réalisateurs » qui franchissent en tête – et souvent au sprint – la ligne d'arrivée. Ces bonifications devraient aussi – et peut être surtout – récompenser les attaquants, les animateurs ceux qui tentent leur chance et qui n'en sont pas souvent récompensés ! Si les points essentiels du parcours étaient autant « d'étapes volantes », le classement général s'en trouverait modifié.
    Le grimpeur en haut de la butte d'Avranches, le rouleur audacieux à Granville, le sprinter de Cherbourg [ville d'arrivée de la 8e étape du Tour de l'Ouest où la course se trouve au moment où il écrit son papier] pourraient recueillir en secondes la récompense de qualités dont l'ensemble ferait un grand vainqueur. La technique n'y perdrait pas ses droits, au contraire, et les directeurs sportifs auraient davantage encore l'occasion d'étaler leur stratégie. »

    DE NOUVELLES TACTIQUES

    Baker d'Isy n'aime pas les courses par étapes où le classement général se fige au bout de deux jours. Alors il imagine donner des bonifications un peu partout sur le parcours, aux endroits stratégiques pour récompenser, non seulement les grimpeurs mais aussi les attaquants.
    A l'époque, les étapes volantes existent déjà, notamment en Espagne. Le terme « volant » fait écho aux contrôles volants, hérités des débuts du cyclisme sur route et qui, par exemple, existent toujours officiellement sur le parcours du Tour de France en 1959.
    Pour animer les étapes, les organisateurs comptent aussi sur les primes distribuées sur le parcours et qui amènent un peu de beurre dans les épinards des coureurs mal payés. Mais dans le Tour de France, il faut attendre 1971 pour voir les « points chauds » (qui existaient depuis le milieu des années 60) attribuer des secondes de bonifications. Ces bonif' vont vite plaire aux organisateurs du Tour et Jacques Goddet compte sur elles pour animer sa course de juillet. Mais le règlement de l'UCI limitera l'abus de bonifications intermédiaires. Les secondes gagnées à l'arrivée d'une étape doivent toujours être supérieures à la somme des bonifications glanées en cours de route.
    Albert Baker d'Isy pense souvent au rôle du directeur sportif pendant la course. Il voit bien dans ces batailles en rase campagne, l'occasion pour les équipes de mettre en place des tactiques pour prendre ces bonus ou, mieux, couper l'herbe sous le pied d'un adversaire mieux placé. Un maitre-ès-tactiques, Cyrille Guimard échafauda tout un plan autour des sprints « Fiat » pour lancer une offensive de grande envergure de Bernard Hinault dans le Giro 1980.

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    Photo : Au Tour du Haut-Anjou, le maillot des points chauds, porté par Mickaël Jeannin, est bleu
    Crédit : www.cyclismag.com


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