
44e du Mondial sur route, Julie Krasniak n'était pas dans l'état de fraîcheur nécessaire pour réaliser la course qu'elle attendait. Explications.
Propos recueillis par Antonin Hudrisier
UNE PRÉPARATION AU MONDIAL CONTRARIÉE
« Après la Coupe du Monde de Nüremberg le 13 septembre, où j'ai terminé 21e au terme d'un sprint massif, j'ai fait une grosse semaine de préparation, qui devait être la dernière de mon cycle. Il était prévu que j'aille en stage en équipe de France pour faire une course le dimanche 20. Jusque-là, tout était normal, cela correspondait à la préparation optimale. Mais, le lundi 14, j'ai appris que le programme du stage était modifié : plus de course le dimanche. Comme mon club m'avait trouvé une course intéressante au Luxembourg le dimanche 20, j'ai appelé Gérard Brocks pour lui demander, si, compte tenu du fait que la course prévue par l'équipe de France était annulée, je ne pouvais pas aller plutôt au Luxembourg. Il a refusé, et je me suis donc retrouvée en stage du samedi 19 jusqu'aux Mondiaux. Alors que je souhaitais récupérer, on a effectué une nouvelle semaine intensive, avec notamment une sortie de 4h avec pas mal de dénivelé. Au début, j'allais à la voiture pour dire que ça ne me convenait pas du tout, que c'était trop long et trop intensif à quelques jours de l'objectif. Finalement, j'ai fait comme les autres. Il est vrai que sur le moment, j'ai pris les choses comme elles venaient. Mais physiquement, ça n'allait pas. Le jeudi, j'avais les jambes dures, j'ai pu ensuite récupérer, mais pas assez.
La suite, on la connaît. Le samedi, pour ma course, je n'étais pas dans l'état de fraîcheur nécessaire à une bonne performance. Je tenais le tempo, mais quand la course s'est jouée et que le peloton a accéléré sèchement, j'ai été incapable de suivre... Je termine 44e.
EN COLÈRE APRÈS LE MONDIAL
Après le Mondial, j'étais vraiment en colère contre moi-même. J'aurais dû savoir prendre du recul et dire non à ce stage.
J'en ai parlé avec Gérard Brocks, et il met mes mauvaises sensations sur le compte de l'enchaînement continuel entre route et VTT. Je ne suis pas d'accord, j'avais 3 semaines pour me préparer au Mondial route après le Mondial VTT. 3 semaines, cela correspond parfaitement à un cycle. Le timing était parfait.
En fait, j'ai l'impression que j'ai fait une semaine de préparation juste avant le Mondial, alors que c'est plutôt une semaine de récupération pour refaire du jus qui aurait été pleinement profitable. Gérard Brocks nous a dit que les concurrentes étrangères roulaient plus que nous. J'ai discuté avec certaines de mes adversaires, et toutes m'ont dit qu'elles ont plutôt récupéré la semaine précédent l'objectif...
D'ailleurs, et c'est vraiment rageant, je me suis sentie super bien dans les entraînements quelques jours... après le Mondial. J'ai retiré le bénéfice du stage une semaine après. Et une semaine trop tard, donc.
Gérard Brocks m'avait dit que la Direction Technique Nationale imposait ce stage. En fait, en discutant avec la DTN, Isabelle Gautheron, j'aurais sûrement pu trouver une solution.
Je me suis rendu compte après coup que le système n'est pas forcément comme on l'imagine. Dans ma tête, si je refusais ce stage, j'allais peut-être me retrouver écartée de la sélection. Quand j'y repense, c'est totalement faux, je sais très bien que ça n'aurait pas été le cas. Ma place était acquise par rapport à ma saison, pas par rapport à un stage.
Sur le moment, je me suis laissé avoir par cette histoire. Maintenant, j'ai des rancunes, et je constate que je ne peux avoir confiance qu'en moi-même ou en mon père. J'ai vraiment eu l'impression de céder à un chantage pour un stage qui n'avait aucun intérêt sportivement. J'aurais vraiment dû respecter le programme prévu avec mon père.
DES POINTS POSITIFS EN 2009
Même si j'ai connu des échecs sportifs cette année, je relativise. Et comme on me l'a dit souvent cette année, je n'oublie pas non plus que j'ai eu mes examens à la fac. Après, 2009, ce n'était pas non plus l'année la plus importante pour moi. J'ai 21 ans, et je ne peux pas arriver tout de suite au niveau que je vise. C'est un bien, car certaines de mes rivales ont le même âge que moi et sont déjà à la limite. Je sais que j'ai encore beaucoup de marge. Et puis, ce que je retiens aussi, c'est que cette année m'a permis de m'endurcir. Avec l'accumulation des cours et des courses, j'ai été très fatiguée à certaines périodes. Un autre point positif, c'est que sur les coupes du Monde de VTT, j'ai été dans le coup à chaque fois. Avant, il m'arrivait de perdre très vite 15 minutes sur les meilleures, et puis de prendre un tour. Cela, c'est fini, et c'est une nouveauté qui fait du bien au mental.
Ma dernière course sera le Roc d'Azur, le 10 octobre. Je suis engagée, mais je n'aurais pas vraiment beaucoup d'entraînement. Je suis très fatiguée, je roule en fonction de mon emploi du temps. Mais il était important que je fasse une dernière course de VTT, et que je sois sur cet événement pour les sponsors.
Maintenant, j'ai tout l'hiver pour me reposer d'une part, et pour prendre des décisions réfléchir encore sur ce que je dois modifier l'année prochaine. Dans tous les cas, je me prépare à passer un bon hiver. Après le Roc d'Azur le 10 octobre, je vais continuer à m'entretenir, sur le vélo, mais aussi en pratiquant d'autres sports. Je pense pouvoir faire du sport 4 fois par semaine. Je vais mettre vraiment l'accent sur la fac, car il faut que j'obtienne de bonnes notes dans certaines matières pour pouvoir choisir le Master 1 qui me plaît, notamment le droit des affaires et le droit du patrimoine.
En 2010, je serai donc toujours dans mon propre team UCI. J'ai eu des propositions, mais en général, le programme de course était incompatible avec mes études. 100 courses par an, ce n'est pas réalisable si on va à l'Université. »
|
Retrouvez la fiche de Julie Krasniak ici |
Discutez-en sur notre forum
Lire les précédents carnets :
- 12/02/2009 : « Pas de choix à faire entre route et VTT »
- 19/03/2009 : « Il n'y a pas d'équipe pour peser sur la course »
- 09/04/2009 : « On ne fait pas du vélo pour voyager »
- 07/05/2009 : « Une nouvelle saison commence »
- 04/06/2009 : « Les objectifs de l'entraîneur ne sont pas forcément ceux du coureur »
- 09/07/2009 : « Des choses m'échappent »
- 06/08/2009 : « Je n'ai pas d'explications »
- 09/09/2009 : « Je me rends compte de certaines erreurs »
Crédit photo : Régis Garnier - www.velofotopro.com