
L'UCI l'avait dans le viseur et les contrôles ont fait mouche. La fédération internationale a annoncé le contrôle positif de Danilo Di Luca sur le Giro 2009 à l'EPO Cera. Depuis plusieurs années, le nom du coureur des Abruzzes est cité dans les affaires de dopage.
Par Nicolas Gachet et Dominique Turgis
L'UCI a annoncé qu'elle suspendait provisoirement Danilo Di Luca pour deux contrôles positifs à l'EPO Cera sur le Giro. Des contrôles matinaux à Moncalieri et Silvi Marina.
Danilo Di Luca, 2e du Giro, nie avoir pris de l'EPO Cera : "Je serai assez stupide de prendre de la Cera une année après qu'elle soit détectée chez Riccò, Sella, Rebellin, au Giro en plus ?" (gazzetta.it)
SUSPENDU TROIS MOIS EN 2007 PAR LE CONI
En juin 2004, Danilo Di Luca est mis en examen à l'instar de ses coéquipiers Eddy Mazzoleni et Alessandro Spezialetti dans le cadre de l'affaire "Oil for Drug". Ils sont soupçonnés d'être patients du docteur Carlo Santuccione, médecin italien mis en cause l'année précédente dans la mort d'un coureur amateur. Selon Di Luca, Santuccione est simplement son médecin de famille. Mais des conversations téléphoniques entre les deux hommes, révélées par Le Monde, accablent le coureur de la Saeco. Dans l'une d'elle, le 27 janvier 2004, Danilo Di Luca fait part de son inquiétude avant de se rendre à un contrôle d'aptitude à la pratique du cyclisme. "Si c'est pour le test d'aptitude et qu'ils le font à tous, il n'y a pas lieu de s'inquiéter", le rassure son médecin.
Conséquences disciplinaires :
En raison de son implication présumée dans cette affaire de dopage, Danilo Di Luca n'est pas le bienvenu sur le Tour de France 2004 qui fait primer le principe de précaution. A l'inverse de Pavel Padrnos, coéquipier de Lance Armstrong, bien présent malgré son implication présumée dans le Blitz de San Remo...
Franco Ballerini l'oublie ensuite de la sélection italienne pour les Jeux Olympiques d'Athènes puis pour les Mondiaux de Vérone.
Mais pendant près de trois ans, Danilo Di Luca peut pédaler tranquille. Il remporte le Tour du Pays basque, l'Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne et le premier ProTour (2005), Liège-Bastogne-Liège et le Tour d'Italie (2007).
En juillet 2007, Danilo Di Luca est rattrapé par l'affaire "Oil for drug". Il est convoqué, tout comme Eddy Mazzoleni, par le procureur antidopage du CONI. L'Italien, blanchi dans le même temps par la justice, s'explique ainsi deux heures devant le CONI. Ses arguments ne sont pas entendus. Di Luca se voit suspendu trois mois le 16 octobre. Avant le Tour de Lombardie, l'UCI l'exclut du classement ProTour alors qu'il en est le leader.
TROP D'EAU DANS L'URINE
Au soir de l'étape du Monte Zoncolan, le 30 mai 2007, le Maillot Rose, Danilo Di Luca va subir un second contrôle antidopage après celui effectué à l'arrivée. Il n'est pas seul à être dans le viseur du CONI. Gilberto Simoni, Eddy Mazzoleni et Riccardo Riccò sont eux aussi soumis à un double contrôle urine et sang. Le résultat de ce contrôle interpelle le président du CONI, Gianni Petrucci. Ce dernier écrit à Pat McQuaid, le président de l'UCI que les analyses de ces contrôles inopinés présentent des "indices d'anomalies inquiétantes même s'ils ne révèlent pas de violation des règles antidopage" (AFP). Dans le cas de Di Luca, les instances antidopage s'étonnent de voir des valeurs plus basses que dans les prélèvement pratiqués après l'arrivée. En particulier les valeurs hormonales dignes de celle d'un enfant. Le CONI soupçonne une manipulation.
Conséquences disciplinaires : Le 16 avril 2008, le CONI acquitte Di Luca sur ce dossier alors qu'il risque 2 ans de suspension. Les experts expliquent la diminution de ses valeurs hormonales par l'absorption massive d'eau en peu de temps : 1,5 L en 15 minutes.
Parmi ses trois autres compagnons de « cible », Eddy Mazzoleni est suspendu 2 ans par le CONI pour son implication dans l'affaire « Oil for drug » et Riccardo Riccò est contrôlé positif à l'EPO Cera sur le Tour de France 2008.
DANILO DI LUCA S'ENGAGE
Avant le Giro 2008, Danilo Di Luca a déjà signé la -déjà oubliée- « charte pour un nouveau cyclisme », celle qui engageait les signataires à donner leur ADN et reverser un an de salaire en cas de contrôle positif.
A l'automne 2007, l'UCI annonce la mise en place du passeport biologique pour la saison suivante. L'équipe de Di Luca, LPR n'obtient pas le label wild-card qui ouvre la porte du passeport aux équipes continentales pro et, surtout, celle des Grands Tours. Pour pouvoir participer au Giro 2008, l'équipe au maillot gris va devoir débourser 7 500 € par coureur pour décrocher le billet d'entrée dans le train en marche du passeport biologique. De toutes façons, ce passeport n'est pas encore opérationnel en mai 2008 et il semble que l'équipe LPR n'aurait subi qu'un seul examen en lien avec le passeport avant le départ du Giro.
Conséquences disciplinaires : Selon l'UCI, c'est grâce au ciblage basé sur les résultats du passeport biologique que Danilo Di Luca s'est fait « serrer ». Cela renforce l'idée qu'on se fait de l'utilisation du passeport par l'UCI. La fédération internationale semble craindre les longues batailles de tranchées juridiques si elle sanctionne un coureur côté sur la seule base de son passeport. Elle préfère se blinder avec un contrôle positif. Dans le cas de Thomas Dekker, l'UCI annonce en même temps son contrôle positif à la Dynepo et sa suspension sur la base du passeport. Cela renforce les soupçons sur les coureurs régulièrement ciblés.
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Photo : Danilo Di Luca était bien dans le collimateur au Giro.
Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com