
Avec une seule victoire au compteur, la formation AG2R-La Mondiale est en retrait en ce début de saison. Sans s'alarmer, son manager Vincent Lavenu fait le point pour www.cyclismag.com et annonce qu'il faudra changer des choses l'hiver prochain. Entretien.
Propos recueillis par Nicolas Gachet (à Paris-Nice)
Cyclismag : Quel est votre sentiment sur le début de saison de votre équipe ?
Vincent Lavenu : Depuis deux ans, nous avons un peu de mal à mettre en route. Nous n'avons pas trouvé la solution. Si on l'avait trouvée, les gars auraient plus de victoirse que cela [A ce jour, AG2R-La Mondiale compte un seul succès, avec Rinaldo Nocentini au Tour de la Californie, NDLR]. C'est étonnant car nous faisons beaucoup de stages. Nous apportons beaucoup de plus à l'équipe. Nous avons des gens qui viennent travailler au point de vue psychologique, scientifique... C'est sûr, nous sommes en deçà de nos possibilités. Nous avons des objectifs plus lointains dans la saison mais les 30 coureurs de l'équipe n'ont pas tous le Tour de France comme objectif. Il faut absolument que nous arrivions à changer des choses dans le futur.
« NOUS NE SOMMES PAS À NOTRE NIVEAU »
Aviez-vous apporté des modifications dans votre approche par rapport à l'an dernier ?
Oui, oui ! Nous avons changé la communication avec les coureurs. Nous les avions sensibilisés dès le mois de décembre : « Vous, on vous attend sur le début de saison ». Nous n'avions pas fait cela l'an dernier. Nous n'avions pas donné d'objectifs précis à chacun. Il va falloir repenser tout cela. Que devra-t-on faire pour être plus performants en début d'année ? Il y a peut-être aussi le choix des coureurs... Beaucoup d'éléments sont à prendre en compte.
Quand vous êtes-vous rendu compte que l'équipe n'était pas totalement dans le rythme ?
A l'Etoile de Bessèges, nous avons constaté que nous n'étions pas à notre niveau, à celui qu'on espérait. Quand on voit des équipes Continental, qui sont au moins aussi performantes que nous, c'est que nous ne sommes pas à notre niveau. Mais le bilan se fait en fin de saison. Nous n'allons pas nous affoler, nous énerver. Cela ne servirait à rien. Il faut être attentif et optimiser notre capacité à réagir rapidement pour corriger nos petits défauts. C'est aussi à nous, directeurs sportifs, d'être clairvoyants.
Êtes-vous inquiet ?
Non. On est désolé de ne pas pouvoir apporter le nombre de victoires, notamment, à nos sponsors. Mais nous travaillons bien, avec sérieux. Comme dans tous les sports, ça ne marche pas forcément tout le temps. L'important est que les objectifs soient réalisés. Paris-Nice était un objectif. Notre objectif était de mettre un coureur dans le Top 5 au classement général. Nous sommes toujours dans le coup. Et pourquoi pas une victoire d'étape ? Nous avons des coureurs comme Nicolas Roche et Sébastien Hinault qui sont des gagneurs.
« CRÉER UN DÉCLIC CHEZ LE SPORTIF »
L'an dernier, vous aviez tapé du poing sur la table...
La presse en a parlé mais je n'ai pas tapé du poing. J'ai reconcentré... [Il reprend] A un moment donné, il faut essayer de créer un déclic chez un sportif. Une nouvelle fois, c'est partout pareil dans le sport. Quand l'équipe ne trouve pas son rythme de croisière, il faut réussir à créer des petites choses sur le plan psychologique pour que le coureur se reconcentre sur l'objectif. Nous l'avions fait l'an dernier sur Paris-Nice et cela a marché.
Et cette année, vous avez parlé à vos coureurs ?
Oui, hier dans le bus (mercredi, NDLR). Jusque là, sur les deux premières étapes, nous n'encourageions pas nos coureurs à aller les échappées de quatre ou cing hommes. Depuis, si. On a dit qu'il fallait absolument y aller à partir de deux coureurs. Ils ont tous réussi à jouer le jeu, et Nicolas (Roche) était dans la bonne échappée. Nous n'avons pas gagné, mais le vainqueur (Christian Vande Velde) était dans l'échappée. Cela montre que c'était la voie à suivre.
Est-ce simple de faire passer ce type de message ?
Nous avons nos forces et nos faiblesses. Des moments où nous sentons bien les choses, et à d'autres pas. L'important est de toujours être sincère avec les gens. Le discours doit être sincère. Il ne faut pas prendre les coureurs pour des enfants. Il faut les responsabiliser et les diriger. Mais il faut se rendre compte que ce sont des athlètes de haut niveau hyper sensibles. Il faut surfer entre la rigidité et la sensibilité. Un bon directeur sportif est capable de sentir tout cela et de faire passer des messages qui sont justes.
« IL MANQUE UN LEADER CHARISMATIQUE »
Dans quel état d'esprit se trouvent vos coureurs ?
Cela est différent pour chacun. Certains arrivent avec de bonnes sensations et des objectifs, et peuvent à un moment donné perdre confiance. C'est à nous de faire à ce moment-là un travail psychologique avec eux, que ce soit le soir dans la chambre ou au moment du briefing. Il faut remettre le coureur en confiance. C'est notre rôle. Il faut aller coacher les athlètes et aller chercher au fond d'eux-mêmes les soucis, les inquiétudes... Rester positif pour aller vers la performance.
Un coureur comme Christophe Moreau manque-t-il toujours ?
Il est vrai que Moreau avait un rôle important dans l'équipe. C'est un leader charismatique qui sait se mouiller au niveau du management de l'équipe dans la course. Il booste les autres coureurs durant la course en les appelant. Ça nous manque toujours un peu. Nous avons des coureurs d'expérience comme Goubert et Arrieta. Mais nous n'avons toujours pas ce leader charismatique qui tire le groupe vers le haut.
Vous allez donc en recruter un...
Cela dépend des opportunités, des finances... Beaucoup d'éléments sont à prendre en compte. Je pense que le fond de l'équipe est bon. Nous avons des coureurs de valeur. Nous n'avons pas le champion pour gagner le Tour. Je pense à un coureur comme Vladimir Efimkin. C'est encore un jeune. Il a 27 ans. L'an dernier, il a quand même fait 10e du Tour de France. On doit pouvoir, notamment avec lui, envisager de grands résultats sur les grandes courses.
Qu'est ce que vous attendez de vos coureurs dans les prochaines semaines ?
Il y a Milan-San Remo, qui est important pour nous. Nous avons bien réussi l'an dernier. De toute manière les coureurs le savent : l'objectif numéro 1, c'est briller sur le Tour de France, le numéro 2 réaliser de bonnes performances dans le classement mondial. Cela a été redéfini : courses ProTour, courses historiques et classement mondial.
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Photo : Comme l'an dernier, les coureurs de Vincent Lavenu ont du mal en ce début de saison.
Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com