Johan Mombaerts : « Difficile de se faire une nouvelle vie » Posté le Mardi 30 décembre 2008 @ 20:36:30
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Vainqueur de Paris-Vierzon en septembre, Johan Mombaerts intègre en 2009 l'équipe professionnelle Auber 93 de Stéphane Javalet. Âgé de 24 ans, il n'est pas le plus jeune des néo-professionnels et termine juste ses études d'ingénieur.
Propos recueillis par Antonin Hudrisier
Cyclismag : Quand as-tu appris ton passage chez les pros ?
Johan Mombaerts : Cela a commencé par des sous-entendus après ma 6e place au championnat de France amateur, puis après ma deuxième place au Tour de Dordogne, j’ai reçu un appel de Stéphane Javalet en août. Avant le coup de téléphone, c’était un peu bizarre, car tout le monde autour de moi disait que c’était bon, que j’allais intégrer l’équipe, mais je n’étais pas serein et j’attendais vraiment la réponse officielle. J’ai signé mon contrat en Octobre, pour deux années.
Passer de la DN au groupe professionnel du même nom, c’était planifié ?
J’ai intégré la DN un peu par hasard, je cherchais une équipe dans le Nord pour me rapprocher de Liège où j’effectuais un stage, et j’ai eu le contact avec Auber grâce à un collègue d’entraînement. Cela s’est fait un peu par le bouche-à-oreille.
Vu le contexte actuel dans le cyclisme et en particulier depuis l’annonce de l’arrêt du Crédit Agricole, il est difficile de passer pro, à part si on écrase tout. Ce n’était pas mon cas, et d’ailleurs, je n’ai pas reçu d’autres propositions que celle d’Auber. Je pense que si je n’avais pas intégré l’effectif de la DN, je n’aurais pas eu la chance de passer pro.
Tu auras 25 ans en 2009, ce n’est pas un peu tard pour passer professionnel ?
Effectivement, si on fait une moyenne d’âge parmi tous les néo-professionnels, je dois me situer bien au-dessus.
Ce qu’il faut voir, c’est que jusqu’à présent, je préparais mon diplôme d’ingénieur, et je n’ai pu me consacrer au vélo qu’au mois de juillet. Alors finalement, obtenir le diplôme puis signer dans la foulée un contrat professionnel, ce n’est pas si mal.
« À LA FIN DE MES ÉTUDES, JE TOURNAIS EN ROND »
Qu’est ce qui a changé lorsque tu as terminé tes études ?
En août, j’ai eu beaucoup de temps libre. La forme était là, il fallait juste l’entretenir. À part quelques longues sorties, je n’avais pas beaucoup de charges d’entraînement. Je tournais en rond. Avant, je vivais avec une montre dans la tête, et en août, j’ai dû me faire une nouvelle vie. Depuis le mois de décembre, j’arrive à m’y faire, en partie parce que je commence à faire de longues sorties.
Mentalement, avoir un bon bagage scolaire et un diplôme, c’est un plus ?
Je sais que je n’ai pas que le vélo dans ma vie. J’aurais toujours une roue de secours. Mon stage au Centre Spacial de Liège m’a beaucoup plu, le domaine de la recherche m’intéresse. Par contre, je n’ai pas continué sur un doctorat, comme on me l’avait proposé. Je voulais me laisser l’opportunité de réussir dans le vélo, pouvoir tenter ma chance au niveau sportif. Ce n’est pas dans dix ans que je pourrais passer professionnel.
« DISPUTER LA ROUTE DU SUD SUR MES ANCIENNES ROUTES D'ENTRAÎNEMENT »
Dans deux jours, tu seras officiellement coureur professionnel, tu as des regrets en ce qui concerne ton parcours chez les amateurs ?
Je n’ai jamais eu de regrets, je regarde toujours vers l’avenir. Je me sers du passé pour ne plus refaire les erreurs que j’ai pu commettre, notamment au niveau de l’entraînement et de la tactique. J’arrivais parfois un peu fatigué sur les courses, parce que j’en faisais trop à l’entraînement. Mais je ne me focalise pas dessus, je me tourne vers le futur.
Quel rôle va te confier Stéphane Javalet, le directeur sportif ?
Chez Auber, nous n’avons pas de rôles définis. Mis à part Fabien Bacquet (le coureur de Skil-Shimano rejoint lui aussi l’effectif, NDLR), qui est sprinter, nous sommes tous plus ou mois passe-partout. On ne peut pas être au top toute la saison, on fera la course pour le coureur qui sera le plus en forme. Chacun pourra jouer sa carte pour montrer le maillot.
Tu étais assez polyvalent chez les amateurs, vas-tu devoir travailler une spécialité chez les professionnels ?
Après quelques années de professionnalisme pendant lesquelles on peut voir son vrai niveau, on peut éventuellement prétendre à se spécialiser. Pas lorsque l’on sort du niveau amateur. Par exemple, on dit que je suis bon rouleur, mais je n’ai jamais gagné de chrono. Être spécialiste du contre-la-montre, cela veut dire que l’on est capable de terminer dans les cinq premiers presque à chaque fois. Ce n’est pas mon cas. J’ai le profil d’un baroudeur, je grimpe bien et je roule bien, c’est important pour saisir des opportunités. Je pars dans l’inconnu, je n’ai disputé qu’une seule course professionnelle sous les couleurs de l’équipe de France, la Polynormande, et je ne sais absolument pas quel est mon niveau.
Quelles courses aimerais-tu disputer en priorité ?
Je suis déjà très content de pouvoir disputer des courses professionnelles. Je fais confiance à Stéphane Javalet et à Guy Gallopin pour me choisir les courses qui me correspondent. Je suis là pour apprendre et découvrir ce métier, rien de plus. Je connais le programme de l’équipe, mais pas encore le mien. J’aimerais faire la Route du Sud, car elle emprunte mes anciennes routes d’entraînement, puisque j’ai fait mes études dans le Tarn. Le Trophée des Grimpeurs me tente aussi, le circuit est à cinq kilomètres de chez moi. Le plus important, c’est de montrer que j’ai ma place dans le peloton professionnel. Je me remets toujours en question, et maintenant que le contrat est signé, je veux me prouver que je peux faire quelque chose chez les pros.
« PRENDRE MOINS DE RISQUES AVANT LA SAISON »
Connais-tu un coureur dans l’effectif sur qui tu peux t’appuyer pour ton entrée dans le bain professionnel ?
J’habite à quelques kilomètres de chez Niels Brouzes. Nous partageons nos sorties d’entraînement. Niels a huit années de professionnalisme derrière lui, il m’apporte ses conseils, c’est un capitaine de route, il a de l’expérience.
Début Décembre, j’ai rencontré la plupart des coureurs, les mécaniciens et les soigneurs à l’occasion d’un premier rassemblement. Nous avons récupéré le matériel et surtout pu faire connaissance, c’est important d’être soudés pour le reste de la saison.
Tu as déjà des objectifs sur le long terme, comme l’accession à une équipe de l’échelon supérieur ?
Auber 93 est une équipe continentale, c’est un tremplin pour essayer d’accéder à une équipe plus importante. C’est une étape. Je me donne deux ou trois ans pour tout faire pour progresser. Le salaire n’est pas excessif, ce n’est pas grave pour l’instant puisque je n’ai pas de vie de famille, mais dans quelques années, ce sera peut-être différent. Ce qui est sûr, c’est que je veux profiter des prochaines années pour me rendre compte de mes possibilités. Je me concentre là-dessus pour l’instant.
Sachant que tu vas passer pro, la saison de cyclo-cross constitue-t-elle une préparation ou un objectif ?
Même lorsque j’étais amateur, le cyclo-cross me servait de préparation. Je m’en sors bien parce que j’ai un bon niveau sur route, mais je n’ai pas l’explosivité qu’ont les spécialistes de cette discipline. Je peux travailler ce point faible en cyclo-cross, mais sans plus. J’ai toujours disputé les cross, je ne veux pas changer mes habitudes.
Steve Chainel, qui était l’atout majeur de l’équipe en cyclo-cross, quitte Auber pour Bouygues Telecom. Ce sera une pression supplémentaire pour le championnat de France ?
Non, absolument pas. L’encadrement espère que je termine dans les vingt premiers, mais on ne m’a pas mis de pression. Je peux y arriver si le circuit est sec, ce sera plus dur si les conditions sont apocalyptiques comme l’an passé. Je ne veux pas non plus prendre de risques, je pense toujours que la saison route m’attend. C’est le cas à l’entraînement aussi. Aujourd’hui, j’ai fini ma sortie sur le verglas, et je n’avais qu’une peur, celle de chuter et de compromettre ma première année chez les pros.
L’an dernier, tu étais au top dès le début de la saison, comme le prouve ton podium sur la première manche de la Coupe de France. Tu peux reproduire ce schéma chez les professionnels ?
J’espère être bien dès Février, c’est important. Il vaut mieux pouvoir suivre le rythme dès Février que de devoir abandonner à chaque fois et ne pas pouvoir accumuler les kilomètres. Je préfère arriver tôt en forme, quitte à faire un break en mars, pour ne pas subir la course à chaque fois.
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Photo : Johan Mombaerts, fonce tête baissée dans la carrière professionnelle
Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com
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