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    Kohei Yamamoto, de la France aux JO

    Posté le Lundi 08 septembre 2008 @ 20:00:00

    Kohei Yamamoto, champion du Japon de VTT, a représenté son pays aux Jeux Olympiques de Pékin. Retenu in extremis pour l’épreuve, le jeune coureur de 23 ans a obtenu sa sélection en courant depuis deux ans en France. Retour sur un long périple qui l’a conduit jusqu’à Pékin.





    Par Antonin Hudrisier

    C’est en mars 2007 que Kohei Yamamoto débarque en France pour la première fois. Sans parler un mot de français, il intègre le Grenade Team VTT sur les conseils de Denis Gonzales, président du comité de Haute-Garonne, terre d’accueil pour de nombreux coureurs nippons, notamment les frères Fukushima qui ont ensuite fait parler d’eux sur les routes de l’Hexagone.

    PROGRESSER HORS DU JAPON

    Abonné aux podiums au Japon, Kohei Yamamoto ne chôme pas sur les terres françaises : quatre jours après son arrivée, il survole les épreuves régionales, que ce soit hors des sentiers battus ou sur le bitume. Sur la première manche de la coupe de France de VTT, à Saint Flour, Kohei plonge dans le grand bain du VTT français. Le niveau n’est plus celui auquel il est habitué et il termine sixième espoir, impressionné par ses concurrents et notamment par la vitesse des départs. « Au Japon, on ne part pas au sprint ». Quelques semaines plus tard, il participe à une coupe du Monde en Suisse, puis aux championnats du Monde. Même constat, il y a encore du travail à faire pour suivre les meilleurs, et sa vingtième place aux Mondiaux ne le satisfait pas complètement. « Je visais un top 10, mais, vu le niveau, je ne peux pas être déçu ». En 2008, de retour sur le Vieux Continent après un hiver passé en Thaïlande, il est au départ de trois manches de Coupe du Monde. La progression est lente, mais Kohei Yamamoto ne regrette rien : « Il n’y a qu’en France où l’on peut progresser ». En mai, il va remporter haut la main l’épreuve de sélection pour les Jeux Olympiques à la fin du mois de mai. Si le Japon se sélectionne, c’est lui qui sera le porte-drapeau de sa fédération sur l’épreuve pékinoise. Cette sélection, inespérée jusque-là, est rendue officielle le 08 Juillet : le Japon obtient la 28e et dernière place disponible.

    CHANGER DE MÉTHODE

    « Au Japon, on est professionnels, donc on roule sept heures par jour ». Une théorie qui ne satisfait pas complètement son nouvel entraîneur, le président du Grenade Team, Thierry Liberge. L’entraînement spécifique au VTT, sport intense et dont la durée de course n’excède jamais deux heures trente, ne peut pas être compatible avec celui des routiers. Kohei Yamamoto découvre donc le travail du fractionné, des intervalles et des sprints, pour pouvoir supporter les départs explosifs de ces adversaires. Il apprend aussi les bienfaits de la récupération, lui qui ne s’accordait pas un seul jour de repos au Japon, et compte passer un test d’effort pour affiner ses programmes, ainsi qu’un un examen physionomique en vue de régler sa position. En travaillant plus qualitativement, le garçon prend de la puissance et développe sa capacité cardiaque. Le travail paie assez vite, même si il souffre du décalage avec le travail effectué au Japon. «J’ai bien compris qu’au Japon, on ne sait rien ou presque sur la préparation au tout-terrain. » Les méthodes changent sur le vélo, mais aussi à table. Il faut oublier les chips, les pizzas, le fromage et les glaces… Le champion du Japon perd du poids pendant l’année 2007 et apprend les règles de la diététique à la française, complètement méconnues selon lui au pays du Soleil Levant. En arrivant en France, il s’était d’ailleurs étonné de la maigreur de certains coureurs, et de la rigueur des juniors de son club au niveau alimentaire. Mais son amour pour la gastronomie française reprend parfois le dessus : «Je m’autorise un peu de fromage de temps en temps, et quelques macarons ». Ces efforts lui permettent d’augmenter sensiblement son niveau. Il termine 12e de la coupe de France des Orres début juillet, puis remporte son championnat national dans la foulée. L’épreuve de Pékin s’avère plus difficile. Fatigué par une saison passée à courir aux quatre coins du monde, il termine 46e. « Même si je termine loin des meilleurs, j’étais présent aux JO, et c’est déjà beaucoup pour moi. »

    DES SOUCIS SUR LE SOL FRANCAIS

    Durant ces années en France Kohei Yamamoto connaît quelques désillusions. Aux allers-retours entre le Japon et la France très fatigants s’ajoute le vol de son VTT à quarante-huit heures de la manche de Coupe de France de Plouha en 2007. Sur un vélo mal réglé, il termine loin des meilleurs et surtout très déçu de la situation. Son sponsor ne peut pas acheminer un VTT assez rapidement, et il doit annuler sa participation à une coupe du Monde en Allemagne. La semaine suivante, sur un vélo de prêt, il est en passe de remporter le championnat régional mais se perd dans les derniers kilomètres d’un circuit trop long à son goût. « Je préfère les boucles de sept kilomètres, bien balisées et sur lesquelles on peut foncer sans se soucier de la direction à prendre ». Quelques signes de racisme parviennent aussi à ses oreilles, mais il ne préfère pas en tenir compte, sauf lors d’une légère altercation en Mai dernier. « Sur le podium d’une épreuve route, j’ai pris mon vélo avec moi, pour présenter la marque, comme il en est coutume dans mon pays. L’organisateur m’a aussitôt demandé de l’enlever et me l’a arraché des mains. Je n’ai pas apprécié ». Il faut dire que la domination d’un vététiste sur une course asphaltée n’avait pas fait beaucoup d’heureux. Ses désagréments sont compensés par l’accueil chaleureux que lui réserve le petit monde du VTT. Coureurs, journalistes, spectateurs se pressent à ses côtés, et il fait même l’objet d’un long reportage dans un magazine spécialisé. Sa joie est communicative, et le public ne manque pas de chaleur pour l’encourager. « Je ne m’attendais pas à un tel enthousiasme, surtout de la part des coureurs. J’ai pu parler avec Jean-Christophe Péraud, dont je suivais les résultats au Japon, et surtout j’ai pu échanger quelques mots avec Julien Absalon, mon idole. » Le speaker officiel du VTT, Eric Davaine, connaît désormais le garçon, depuis une interview sur le podium du Roc Laissagais. En France depuis quinze jours, le champion du Japon s’était emparé du micro: « Bonjour, je m’appelle Kohei, enchanté ! » L’anecdote est restée dans les mémoires de nombreux compétiteurs et spectateurs…

    LE VTT ET SEULEMENT LE VTT

    A moyen terme, le coureur d’Anchor souhaite intégrer un team international. « Faire équipe avec Julien Absalon est un rêve. Je dois encore progresser et je me suis fixé de faire un top 5 en coupe de France. » C’est le VTT qui l’intéresse, et il a même refusé l’offre pourtant très alléchante d’une équipe continentale. « Ce que j’aime, c’est le VTT. Mon salaire ne m’intéresse pas, je veux vivre ma passion. Les courses routières s’intègrent juste à mon programme de préparation. ». Il envisage sa fin de carrière à trente ans, avec d’ici là, une participation aux Jeux de Londres, et pourquoi pas, un maillot irisé. Le vélo au garage, c’est vers la cuisine qu’il se tournera. « Ouvrir un magasin de pizza au Japon, ou un restaurant japonais en France ». La gastronomie, sa seconde passion, ne le quittera jamais.

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    Crédit Photo : http://yamamotokohei.com


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