
Bernard Hinault remporte le Tour 1978 pour sa première participation. Il a endossé le maillot jaune à trois jours de l'arrivée lors d'un contre-la-montre. A-t-il parfaitement maîtrisé la course, assommant ses adversaires lors du dernier chrono ou a-t-il souffert et du sa victoire qu'à ses talents de rouleur ? Cyclismag vous propose deux visions de la course.
Par Antoine Riche
GUIMARD AVAIT TOUT PRÉVU
On connaît par cœur cette histoire. En 1975, le néo-pro Bernard Hinault a des relations difficiles avec son directeur sportif chez Gitane Jean Stablinski. Alors que l'ancien vainqueur du Premier pas Dunlop envisage de quitter l'équipe, Cyrille Guimard, qui va reprendre l'équipe l'année suivante, réussit à convaincre le Breton.
Guimard propose à Hinault un plan sur trois ans qui doit le mener au Tour 1978 pour le gagner. Tout se passera comme prévu. Victoires sur des courses à étapes françaises en 1976 (voir ici). 1977 marquera l'éclosion internationale d'Hinault avec des victoires à Gand-Wevelgem et Liège-Bastogne-Liège.
Avant le Tour 1978, il y a la Vuelta. Hinault doit s'y tester sur 3 semaines. Il gagne la course et cinq étapes. Il est prêt pour le Tour. Il se présentera même au départ en tricolore après sa victoire au championnat de France.
LE CONTRE-LA-MONTRE POUR SE PLACER
Au départ Hinault est cité comme favori aux côtés de Kuiper, Pollentier et Zoetemelk, tous plus expérimentés que lui.
La première semaine, le Breton la voit comme une attente : "Je crois qu'il ne se passera rien d'essentiel avant la première épreuve contre-la-montre. La course se jouera ensuite dans la montagne. (…) Je ne prendrai aucune initiative."
Il laissait donc les routier sprinters Raas et Maertens en découdre. Sur le contre-la-montre par équipes, il ne perdait que 1'20" grâce au règlement (voir ici ).
Arrive la huitième étape, un contre-la-montre entre Saint Emilion et Sainte Foye la Grande. Hinault contrôle la première partie. A mi-parcours, il est à près de 30" de Maertens. Bruyère est intercalé. Le champion de France passe alors le turbo et s'impose avec 34" d'avance sur Bruyère. Tous les autres sont à plus d'une minute.
De Bruyne, directeur sportif de Pollentier annonce une victoire d'Hinault à Paris.
Hinault confie à Guimard : "Tout s'est déroulé comme je l'avais prévu. (…) Il n'y a pas eu de miracle [pour mes adversaires], et il n'y en aura sans doute pas dans les Pyrénées."
DES PYRÉNÉES MAÎTRISÉES
Dans le premier gros col du Tour, Marie-Blanque, Hinault est en tête en compagnie de Pollentier, Kuiper et Zoetemelk. L'étape qui arrive à Pau n'était pas propice aux grandes manœuvres. Le lendemain est d'un autre calibre avec le Tourmalet, Aspin et le Pla d'Adet. Dans le premier col, Zoetemelk attaque, accompagné de Pollentier. Hinault ne suit pas, mais contrôle. Pollentier part ensuite seul, se démène dans son style heurté alors qu'Hinault enroule élégamment et le reprend. Jusqu'au bout le Breton mènera le groupe de tête. La victoire d'étape revient à Mariano Martinez, peu dangereux pour la victoire finale. Pollentier s'accroche mais Zoetemelk perd quelques secondes. Hinault est deuxième au général à un peu plus d'une minute de Bruyère.
EN EMBUSCADE APRÈS LES ALPES
Cette démonstration de force fait peser une forte pression sur les épaules d'Hinault. Il en subit les conséquences dans l'étape chronométrée du Puy de Dôme où Zoetemelk se refait une santé. C'était le coup de fouet dont le champion de France avait besoin.
Il répond superbement le lendemain en s'imposant, au sprint, à Saint Etienne.
Dans l'étape de l'Alpe d'Huez, Pollentier tente le tout pour le tout et se présente au pied de la station avec deux minutes d'avance. A l'arrivée, il fait coup double : étape et maillot jaune, mais Hinault est monté plus vite, finissant à 45". Surpris à tricher au contrôle anti-dopage, le Belge était exclu du Tour. Zoetemelk est en jaune, Hinault est à 14". Le lendemain, lors de la dernière étape, Zoetemelk ne peut accroître son avance.
COUP DE GRÂCE ENTRE METZ ET NANCY
Le Hollandais s'en remet au dernier contre-la-montre, 75 km entre Metz et Nancy. Il n'y a eu pas de match. Hinault repousse Zoetemelk à 4'10".
Bernard Hinault a parfaitement maîtrisé son premier Tour de France, contrôlant parfaitement ses adversaires avant de porter le coup de grâce à 3 jours de l'arrivée.
Hinault remporte le Tour à sa première tentative, rejoignant Coppi, Koblet, Anquetil et Merckx dans la légende.
Source documentaire : L'année du cyclisme 1978
Retrouvez la deuxième partie "Hinault, un premier Tour dans la douleur" samedi prochain.
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Crédit photo : Carte postale Renault