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    Le coup de gueule de Julie Krasniak

    Posté le Vendredi 27 juin 2008 @ 21:25:40

    "L'athlète c'est un peu du bétail." Pour Cyclismag, la championne de France espoir du contre-la-montre, Julie Krasniak est revenue sur ses propos très incisifs tenus jeudi dans la foulée de son titre. Où elle dénonce le sort des jeunes athlètes laissées comme elle à l'abandon, dans l'ombre de Jeannie Longo.





    Propos recueillis par Pierre Carrey

    Extrait de la conférence de presse de Julie Krasniak, jeudi midi, à Semur-en-Auxois (Côte d'or) : "En France on nous met la pression, on n'a pas de sérénité. L'athlète c'est un peu du bétail. J'ai heureusement de bons sponsors [voir sur son site internet www.juliekrasniak.com] qui ne me demandent qu'une chose : de faire du sport propre. Ils ne me briment pas non plus et me laissent m'exprimer. Il faut parfois pousser des coups de gueule, faire bouger les choses. Je pense que cela prendra trente ans pour faire changer le système en France."

    « SAMEDI, RÉALISER UNE COURSE INTELLIGENTE »

    Cyclismag : Quel est ton état d'esprit à la veille de l'épreuve en ligne des championnats ?
    Julie Krasniak : Je suis sereine. J'aimerais me faire plaisir, avoir de bonnes jambes, réaliser une course intelligente et être au niveau. C'est tout ce que je demande, je n'ai pas d'autre objectif.

    Et ton titre espoir acquis dans le contre-la-montre jeudi ?
    Je suis très heureuse, parce que j'ai tout donné. Je suis partie et j'ai fini sur un bon rythme, je ne peux pas avoir de regrets. Je ne sais pas si je peux dire pour quelles raisons exactement...

    Vas-y !
    J'ai des facilités en chrono, mon père (1) me motive dans la discipline depuis que je suis cadette. C'est un effort qui me correspond bien, je n'ai pas besoin de me préparer pour ça, je suis sur la lancée du VTT.

    « LE VTT, C'EST CE QUE JE PRÉFÈRE »

    La route et le VTT, tu comptes les mener encore de front ou bien tu souhaites te spécialiser ?
    Sur un contre-la-montre, je prends du plaisir et je mets moins de temps pour récupérer. Si je ne courais qu'en VTT, peut-être que je me lasserais. Mais c'est ce que je préfère. J'ai la chance d'appartenir à un team [Lapierre, NDLR], bien organisé. On me met en confiance. On nous met dans de super bonnes conditions pour courir.

    C'est un monde très différent des structures fédérales si on en croit tes déclarations jeudi...
    Oui. Pour le championnat de France sur route, le Comité de Lorraine nous paie le déplacement et nous fournit des oreillettes. Notre club de l'UC Bassin Houiller s'investit à fond, avec de vrais passionnés. Mais on voit bien que pour vivre ce qu'on connait dans le VTT avec un team, il faut intégrer une équipe pro féminine.

    C'est ce que tu envisages ?
    Non ! Ce n'est pas du tout la même mentalité. Dans un team VTT, nous sommes réunis par une même passion pour les beaux paysages, par le plaisir, par une envie de bien communiquer entre nous lors des reconnaissances, des compétitions, des à-côtés...

    « JE N'OSERAIS PAS TUTOYER JEANNIE LONGO »

    A 20 ans, comment envisages-tu la suite de ta carrière ?
    Je vais profiter du cursus espoir, poursuivre mes études et me donner le temps de réfléchir. Je vais essayer de me faire plaisir. Je ne sais pas si je dois m'investir vraiment dans le vélo. En VTT, j'ai connu une grande désillusion quand j'ai appris que Laurence [Leboucher] était sélectionnée aux JO. Si on s'en réfère à l'état d'esprit et aux performances, c'est à Cécile [Ravanel] d'être retenue. Elle a participé à neuf manches de Coupe du monde, elle est dans le top 15, elle est allée chercher les points. Laurence a 36 ans. Sur la route, c'est la même chose. Il faut être clair, on sait très bien qu'il n'y aura aucune médaille d'or et probablement aucun podium chez les dames. En sélectionnant Longo, comment les dirigeants vont-ils donner à une cadette ou à une junior l'envie de faire de la compétition ? Pour s'accrocher et devenir bon, il faut rêver et avoir envie au fond de soi.

    L'envie, tu l'as toujours, toi ?
    Il y a quatre ans, je l'avais. Je l'ai toujours au fond de moi, mais en pensant à un monde meilleur. Mais je n'ai pas 14 ans. Quand je m'entraîne, quand je rencontre des contraintes et des difficultés, c'est pour assouvir mon propre plaisir.

    Quels sont tes rapports avec Jeannie Longo ?
    Je la vois une fois par an aux championnats de France. On se croise à la conférence de presse et au contrôle antidopage. On ne s'est parlé qu'une fois, l'année passée. Elle me disait que ma selle n'était pas bien sur mon vélo. Je lui ai répondu : "Si, si, Madame Longo, ne vous en faites pas, elle est très bien !"

    Tu la vouvoies ?
    Je n'ai jamais réfléchi à cela, mais c'est vrai, je n'ai jamais tutoyé Longo. Je n'oserais pas.

    « ON N'EST PAS UNE EMMERDEUSE PARCE QU'ON DIT LA VÉRITÉ »

    Pourquoi ses adversaires, toutes plus jeunes qu'elles, ne parviennent pas à la battre ?
    Pendant qu'elle passe trois mois aux Etats-Unis à se préparer, moi je valide mes modules d'enseignement à la fac. Nous faire courir contre elle, ce serait comme mélanger les amateurs et les pros chez les hommes. Je me pose beaucoup de questions sur elle. Et il y en a beaucoup pour lesquelles je suis sans réponse. Je suis même sidérée. Je me demande ce qu'il faut que je fasse, si je dois tout sacrifier pour le vélo quitte à rencontrer des problèmes comme la tendinite que j'ai eue cet hiver.

    Après ton intervention en conférence de presse jeudi midi, as-tu eu des réactions de la FFC ?
    Non. Quand les coureurs espoirs sont arrivés, la moitié des journalistes sont sortis de la salle. Ce qu'on avait à dire n'était sans doute pas assez intéressant. Il est probable qu'à la fédération, les responsables ne soient même pas au courant de ce que j'ai dit. Mais je n'ai pas voulu créer de polémique. J'ai profité d'une victoire pour pouvoir m'exprimer. Mon titre de championne de France espoir ne changera pas grand chose, il vaut mieux parler franchement. J'espère avoir fait œuvre utile.

    Tu risques de passer pour une emmerdeuse...
    Qu'est-ce que j'ai à perdre ? Si ça se trouve, dans deux ans, j'ai terminé mes études et j'arrête le vélo. Pour l'instant, je m'éclate en compétition, j'arrive à être super bien et l'équipe de France me sélectionne pour des championnats d'Europe ou du Monde, en route et en VTT. On sélectionne les athlètes sur leur valeur sportive, pas sur ce qu'ils disent. Surtout lorsque c'est la vérité. On n'est pas une emmerdeuse parce qu'on dit la vérité.

    « DES POLONAISES ONT SIGNÉ UNE CONVENTION AVEC LEUR FÉDÉRATION »

    Tu es une révoltée dans la vie ?
    Pas du tout. J'aime profiter des choses simples et des moments avec mes parents que j'adore. Ensuite, je me pose des questions. Je connais des Polonaises qui ont signé une convention avec leur fédération pour préparer leurs objectifs. Elles étaient rémunérées pour cela. Et elles avaient seulement 18 ans !

    Qu'est-ce que tu préconises pour changer le système ?
    Est-ce à moi de le dire ? Il y a des gens payés pour voir les problèmes puis pour les résoudre. Mais on juge que les problèmes n'existent pas ! Par exemple, en France, on n'est pas une athlète avant l'âge de 35 ans. Regardez Maryline Salvetat : son palmarès est bien meilleur maintenant qu'elle a terminé ses études et qu'elle exerce comme médecin, mais je pense que ses plus belles années sont derrière elles.

    Tu as peur de passer toi aussi à côté d'une carrière, en investissant sur un plan professionnel tes plus belles années de cyclisme ?
    Ma 2e année de droit, je la passe en deux ans au lieu d'un seul. Cela signifie que mes parents dépensent davantage pour moi. C'est la dernière fois que je fais cela. Je vais me consacrer à mes études et voir au fur et à mesure ce qui me motive dans le vélo. Pour l'instant, c'est surtout un loisir. Je suis presque une hyperactive, j'ai besoin de faire du sport une fois par jour. Quand j'ai eu ma tendinite cet hiver, je me sentais mal. Entre deux séances de kiné et d'ostéo, il fallait que je pratique la natation.

    (1) Zbigniew Krasniak, immigré polonais, a été présélectionné aux JO de Moscou. En VTT, il a été champion du Monde vétéran en 1993 et de France en 1996.

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    Photo : Quand Julie Krasniak jette ses beaux yeux sur l'état du cyclisme féminin, son jugement n'est pas favorable.
    Crédit : Régis Garnier - www.velofotopro.com


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