Cyclismag, le cyclisme à visage humain : magazine du cyclisme
  Créer un compte Utilisateur      Connexion      Accueil      Best of   
 
  Sondage
Pourquoi Andy Schleck participe-t-il à la Vuelta ?
- Pour continuer d'aller chercher des bidons, mais sans maillot de leader sur les épaules
- Pour passer des vacances à moindre frais
- Pour attendre le grupetto
- Pour tester sa nouvelle chaîne et sa nouvelle cassette
- Pour discuter avec le roi d'Espagne à l'arrivée des étapes
- Pour expérimenter un nouveau plan

Anciens Sondages

  • Votes : 240
  •  
      La Lettre

    Votre adresse E-mail

    Abonnez-vous, c'est gratuit !
     
      Partenaires








     
    Jean Bobet : « Les coureurs étaient doués pour le système D»

    Posté le Jeudi 27 mars 2008 @ 20:37:51

    Suite de l'entretien avec Jean Bobet à propos de son livre sur le cyclisme français sous l'Occupation. Un sport qui était une des principales distractions en ces années noires où les sportifs courraient "pour du beurre".






    <

    Propos recueillis par Dominique Turgis


    TRAVAIL SUR LES ARCHIVES

    Quels autres coureurs avez-vous interrogés ?
    Albert Bourlon par exemple. Il est toujours magnifique, d'une grande sincérité. Il a toujours sa carte du Parti Communiste. Il m'a raconté ses évasions. Pour le premier Tour de France d'après-guerre, Albert Bourlon gagne une étape après la plus longue échappée de l'histoire du Tour. Et bien, la presse de l'époque que j'ai consultée fait à peine allusion à ses évasions !
    Après ce Tour 47, Albert Bourlon n'a jamais été sélectionné en équipe de France. Il reste persuadé, encore aujourd'hui, qu'il n'a jamais été sélectionné à cause de sa carte au PCF. J'ai bien connu Jacques Goddet et je suis sûr que ce n'était pas la raison.
    Pour mon travail sur ce livre, j'ai aussi beaucoup travaillé sur les archives, les journaux d'époque. J'ai aussi consulté le travail fabuleux de Pierre Weecxsteen et Frédéric Girard qui ont collecté les résultats des années de guerre.

    Avez-vous essuyé des refus ?
    Non, aucun. Par contre, certains n'avaient retenu de cette époque qu'une bonne place à Paris-Vailly/ Saudre. Je me suis surtout intéressé aux personnages attachants comme Guillaume Mercader par exemple.


    LA SEULE DISTRACTION GRATUITE

    Vous qui étiez tout jeune à l'époque, quels souvenirs avez-vous du cyclisme sous l'Occupation ?
    A partir de 1943, Louison, mon frère, a pris sa première licence. Nous sommes tous allés à vélo le voir courir le 1er Pas Dunlop à Bédée, à 25 km de St Méen. Louison avait pris sa licence au tout nouveau Cyclo-Club rennais mais il avait un maillot de la marque de cycles « Stella ». Son président de club était furieux, pour le Dunlop la publicité était interdite sur les maillots. Humiliation pour Louison, il a dû courir avec le maillot du club de foot local.

    Quelle était l'envergure du cyclisme breton à l'époque ?
    Il était surtout local. Il ne dépassait pas les limites du département car il fallait faire l'aller-retour à vélo. Jean Fontenay et Eloi Tassin continuaient de courir. Il y avait une activité soutenue car chaque commune organisait une fête, la kermesse paroissiale en faveur des prisonniers de guerre. Dans ces kermesses, il y avait toujours une course de vélo. Il faut rappeler que c'était la seule distraction gratuite de l'époque.


    LES COUREURS FAITS POUR LE SYSTÈME « D »

    Dans votre livre, vous racontez comment des courses sont encore organisées à Paris juste avant l'arrivée des Allemands en 1940 et juste avant la Libération de Paris. Est-ce que ça vous trouble ?
    C'est comme ça. On a l'impression que les gens ignorent tout. A l'époque, les moyens de communication et d'information ne sont pas ceux d'aujourd'hui. De plus, les gens vivaient au jour le jour. Quand on lit la presse de 40 à 44, la seule question est : « Qu'est-ce qu'on bouffe demain ? » Marcel Hansenne, [NDLR : coureur à pied et futur journaliste à L'Equipe] m'a dit : « A cette époque, j'étais vraiment amateur, je courais pour du beurre. ».

    Les coureurs se servaient des courses pour aller se ravitailler ?
    Les coureurs, par nature, et non par atavisme, sont doués pour le « Système D » [D comme débrouille]. Ce sont des gens qui connaissent toutes les ficelles. Il y a toujours un copain qui connaît un copain qui connaît untel. Il faut noter qu'il n'y a eu aucun exemple de dénonciation d'un coureur par un autre coureur.

    Quel est votre sentiment quand la municipalité de Grenoble débaptise le stade Charles Berty ?
    Cela fait mal. Je ne suis pas favorable aux noms de sportifs donnés aux rues ou au stade car un jour ou l'autre, il faut débaptiser ces rues. La gloire sportive est éphémère même si je suis heureux de voir toutes ces rues au nom de Louison. Dans le cas de Charles Berty, c'est le résistant qui était honoré.

    Quel sera votre prochain livre ?
    Enfin, j'essaie de me lancer dans une fiction sous la forme d'un recueil de nouvelles.


    « Le vélo à l'heure allemande » par Jean Bobet, éditions La Table ronde

    Jean Bobet, né le 22 février 1930 à St Méen-le-Grand n'est pas seulement le frère de Louison. Il fut sacré champion du monde universitaire en 1949. Il a remporté Paris-Nice en 1955 et sur sa lancée, il s'est classé 3e de Milan-San Remo. Il s'est aussi classé 4e du GP des Nations. A la fin de sa carrière en 1959, il fut journaliste puis a rejoint son frère pour diriger les centres de thalassothérapie. Félix Lévitan et Jacques Goddet lui ont même proposé de diriger le Tour de France.

    Lire la première partie de l'entretien

    Discutez-en sur notre forum

    Photo : Charles Berty a disputé le dernier Tour de France d'avant-guerre. Il est mort en déportation à Mauthausen le 18 avril 1944.
    Crédit : Miroir des Sports


    Cet article vous est proposé en partenariat avec


      Liens Relatifs
  • En savoir plus à propos de Informations Générales
  • Article de Nicolas

    Les dernières nouvelles à propos de Informations Générales :


  •  

    Imprimer cet article

    Envoyer cet article



               

    Cyclismag est le magazine de tous les cyclismes. Indépendant et critique, ce magazine cherche à prendre une distance vis-à-vis de l’actualité brûlante, et privilégie l’analyse ou les interviews, les éclairages techniques et historiques du cyclisme. Chaque jour, des infos et une enquête. Deux fois par mois, un magazine avec des interviews et des dossiers. En 2005, Cyclismag est parrainé par des personnalités du cyclisme: Magali Le Floc'h, David Moncoutié et Kilian Patour, trois témoins de leur époque qui reflètent la diversité et les contrastes du vélo. Cyclismag, c’est le magazine d'actualité du cyclisme à visage humain.

    © Cyclismag.net - © Cyclismag.com - Informations légales Design by Mickaël Fuseau-Barbarin | M-creation.net