
A trois mois du départ, la Ronde de l'Isard, épreuve révélatrice de jeunes talents, a traversé une mauvaise passe. Son organisateur, Guy Sans, fait un point rassurant et évoque une édition 2008 plus montagneuse que jamais.
Propos recueillis par Pierre Carrey
Cyclismag : Des rumeurs d'annulation ont couru ces derniers jours. Qu'en est-il exactement de l'édition 2008 ?
Guy Sans : Effectivement, j'ai été inquiet il y a quelques semaines. Nous n'avions pas du tout le budget requis. Or, j'ai dit que nous ne baisserions pas la qualité sportive de notre épreuve ni celle des prestations, comme le podium protocolaire. Plutôt qu'organiser une course au rabais, je préférais annuler cette année et reprendre en 2009. C'était une position de principe. Aujourd'hui, nous rencontrons toujours des difficultés, mais je peux enfin l'annoncer : la Ronde de l'Isard 2008 aura lieu.
"LA RONDE DE L'ISARD EST UNE COURSE RARE"
Quelles sont ces difficultés ?
Compte-tenu des élections municipales, plusieurs communes tardent à nous donner un engagement financier. Certaines confirmations interviendront même après l'organisation de la Ronde de l'Isard. Nous allons donc nous en tenir à des accords de principe. Heureusement, les maires avec lesquels nous discutons sont des hommes de confiance. Côté partenaires privés, de fidèles sponsors comme Champion et la Poste se sont retirés, non pas par lassitude du cyclisme mais pour s'orienter vers de nouveaux sports ou des opérations nature. Les nouveaux partenaires, on a du mal à les attirer. La Caisse d'épargne, par exemple, aurait pu financer le maillot de leader, mais elle a finalement renoncé...
Qu'est-ce qu'une course comme la Ronde de l'Isard a à vendre ?
Une course rare. La Ronde de l'Isard est la seule épreuve internationale UCI qui s'adresse aux moins de 23 ans et se déroule essentiellement en Ariège, dans un site de montagne. Notre course cotée forme les champions de demain. Elle est quasiment devenue un passage obligé pour les futurs professionnels. Nous pensons que les futurs champions sortiront de chez nous, si possible les Français. ASO nous soutient toujours - et plus que jamais ! - pour cette raison. Grâce à la Ronde de l'Isard, Bernard Hinault aura peut-être un successeur sur les routes du Tour de France.
Pourtant, ce sont plutôt les équipes étrangères qui se bousculent pour être candidates...
Oui. Nous avons reçu la candidature d'une équipe ou d'une sélection nationale colombienne, australienne, américaine, espagnole, suisse, bulgare, russe, de deux hollandaises et cinq belges ! Ce sont surtout les étrangers qui sont friands de la Ronde de l'Isard. Je le déplore. Les clubs français n'ont pas de manche de Coupe de France à disputer en même temps, comme ça s'est produit il y a deux ans. Ils n'ont pas d'excuse ! Enfin si, je conçois que l'époque soit à la difficulté de composer un effectif de coureurs espoirs et aux problèmes financiers.
"PROFITE DE LA MONTAGNE !"
Qu'est-ce que les soucis financiers des clubs ont à voir là-dedans ?
Nous avons une grille de prix a minima. Nous ne sommes pas très riches. Mais on permet à leurs coureurs de se montrer et de s'aguerrir en montagne.
Pourquoi avez-vous supprimé le contre-la-montre individuel ?
L'organisation logistique et humaine était trop lourde sur une demi journée. La direction technique nationale et ASO ont compris. Elles m'ont dit : "Tu as de la montagne à proximité, profites-en !"
Vous aurez donc quatre étapes de montagne ?
La première sera casse-pattes. La seconde correspondra à la traditionnelle arrivée au sommet [à Guzet-Neige comme ces deux dernières années ou plus probablement à Goulier-Neige comme auparavant, NDLR] avec une à deux difficultés réparties dans la journée. A la place du contre-la-montre, la troisième étape comprendra deux cols. La dernière étape en aura trois, mais elle sera moins difficile que l'an passé.
Vous voulez que le vainqueur soit un grimpeur ?
J'aime bien cette idée. Pour gagner le Tour de France plus tard, il faut être un bon grimpeur, non ?
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Photo : Vainqueur de la Ronde de l'Isard en 2007, l'Américain John Devine était déjà du type grimpeur.
Crédit : Freddy Guérin - www.cyclismag.com