
A 27 ans, Paul Moucheraud a intégré in extremis les rangs de Roubaix-Lille Métropole. Une entrée tardive dans le monde professionnel. Pas de doutes mais des espoirs, car mieux vaut tard…
Par Cyrille Planson
Mieux vaut tard que jamais se dit en ce début de saison Paul Moucheraud, néo-professionnel de l'équipe Roubaix-Lille Métropole. Néo-pro à 27 ans, 28 en septembre prochain, il ne rend qu'une année au doyen de l'équipe, Denis Robin. Une situation rare au haut niveau, même s'ils sont quelques-uns cette année à rejoindre le peloton à un âge où certains expriment déjà pleinement leurs qualités. Linus Gerdemann, Andy Schleck ou Philippe Gilbert sont de tous jeunes coureurs comparés à l'ancien qu'est aujourd'hui Paul Moucheraud.
GÉNÉRATION BODE MILLER
Comme Alexandre Blain, qui passe pro à 26 ans, Paul Moucheraud a rejoint le vélo par accident. Skieur de haut niveau, disputant des épreuves de la Coupe d'Europe chez les jeunes, le fils de Maurice Moucheraud a passé une année aux Etats-Unis, inscrit dans une académie de ski qui accueillait aussi le futur champion olympique Daron Rahlves et disputant les épreuves du circuit nord-américain. "Je suis de la génération Bode Miller, que je croisais sur les compétitions. En 2001, je me suis luxé la hanche et j'ai donc commencé le vélo pour ma rééducation". Comme Alexandre Blain, comme Dag-Otto Lauritzen, l'un de ces pros tardifs qu'un accident a conduit tardivement sur le vélo et dans les pelotons professionnels. "Je n'avais pas vraiment l'idée de faire de la route. Juste du VTT. J'ai participé à des épreuves sur route en 2005, j'en ai gagné quelques-unes. J'ai surtout pris du plaisir et j'ai continué".
UN ANCIEN "TOUT NEUF"
Pour autant, Paul Moucheraud, aujourd'hui professionnel, ne compte véritablement qu'une seule saison complète sur route. La dernière. Prévu pour intégrer les rangs de l'équipe continentale que Vincent Lavenu espérait monter à l'automne 2007, le jeune "vieux" stagiaire de l'équipe AG2R Prévoyance tape dans l'œil de Cyrille Guimard. Après une saison en demi-teinte, déçu par les performances de coureurs recrutés pour leur expérience (Capelle, Finot, Derepas…), le manager de Roubaix-Lille Métropole souhaite alors… rajeunir son effectif. "Cyrille Guimard m'a repéré lors de mon stage de fin de saison. Il connaît assez bien mon père, qui a couru avec lui. Il m'appelle. On discute un peu. A un moment, je lui donne mon âge. Et là, un blanc. Puis Guimard m'a d'abord dit non, que cela ne pourra pas se faire. J'ai déjà 27 ans et il recherche de jeunes coureurs à former. J'ai dû le convaincre, lui raconter mon histoire, lui expliquer que je suis un coureur neuf".
BEAUCOUP À APPRENDRE
Lors des premiers stages de l'équipe, Paul Moucheraud côtoyait Steven Tronet, l'un des deux coureurs conservés par Guimard à l'issue de la saison 2007, benjamin du coureur et de six ans son cadet. "Il n'y a pas réellement de décalage entre nous. Mais il est vrai que par rapport à certains, j'ai encore beaucoup à apprendre en matière tactique. Je perds trop d'énergie dans des actions à contre-temps. C'est étrange, quand même, d'apprendre le métier avec des gens de mon âge comme Denis Robin." Pour Paul Moucheraud, il faudra apprendre vite et convaincre définitivement. Avec l'espoir de rejoindre dans les palmarès ces coureurs qui, passés pros tardivement, y ont laissé leur empreinte. "Pour moi, c'est un vrai bonheur. Je pensais arrêter le vélo fin 2007 si je n'avais pas de contrat pro. J'ai un brevet d'Etat de moniteur de ski et je m'apprêtais à faire la saison. Et puis, 26 / 27 ans, c'est aussi un bel âge pour commencer. C'est une chance." Paul Moucheraud cite Christophe Agnolutto, Christophe Mengin et Cyril Dessel. Et pour cause, la chance du "débutant" a bien profité à Agnolutto lors du Tour de Suisse ou à Marc Gomez lors de Milan - San Remo, lançant définitivement une carrière que d'aucuns auraient imaginée bien plus courte.
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Photo : Paul Moucheraud, un ancien "tout neuf"
Crédit : DR - Jean-Jacques Delrot