
Depuis quelques années un coureur russe fait la une des rubriques cyclistes en Amérique du Sud. Andrey Sartasov s'illustre aussi bien sur les routes boliviennes, chiliennes que brésiliennes ou argentines. Cyclismag a voulu en savoir plus. Rencontre.
Par François Legarré
A son arrivée au Chili en 2002, Andrey Sartasov partage un appartement avec son coéquipier argentin Gonzalo Salas, il n'a d'autres loisirs à l'époque que d'enfourcher son vélo et rouler toutes la journée. "J'étais une sorte de Forrest Gump" dira-t-il dans la presse. La Russie, son pays d'originie, est loin.
PAS DE RESULTAT EN RUSSIE
Andrey Sartasov est né à Mishkino, petite bourgade ouralienne, le 10 novembre 1975. Après
une jeunesse consacrée à la petite reine, la modeste formation russe Lada CSKA Vizir lui offre la chance de découvrir, à 23 ans, le peloton européen durant les saisons 1998 et 1999.
A cette époque, il côtoie notamment Guennadi Mikhailov, aujourd'hui chez Astana, ou encore Faat Zakirov, passé ensuite chez Panaria. Il n'obtiendra pas de résultat probant et s'en explique : "A vrai dire, je n'ai pas eu le temps nécessaire pour m'adapter à l'équipe et aux courses. Du moins pas assez pour avoir de bons résultats, il faut dire qu'à cette époque le cyclisme russe n'avait pas un niveau exceptionnel".
LE CHILI, TERRE D'ACCUEIL
En 2000 et 2001, Andrey poursuit sa route sous les couleurs de l'équipe nationale russe, jusqu'à ce jour où sa fédération lui a donné la possibilité de se rendre au Chili : "Lorsque la formation Lider s'est montée, ils ont invité, via la fédération nationale, deux coureurs russes à venir disputer le Tour du Chili. J'ai fait partie du voyage et j'ai terminé second derrière David Plaza (Festina). Le Chili m'a plu depuis le premier instant et j'ai décidé d'y rester." Peu de temps après, il remporte également une étape du difficile Doble Copacabana bolivien, et c'est sans grand mal qu'il est reconduit chez Lider pour 2002.
De 2002 à 2005, il continue sa moisson de succès, que ce soit au Chili, sur le Tour national, en Bolivie, sur le Doble Copacabana, au Brésil, sur le Tour de Santa Catarina ou en Argentine, au Tour de San Juan. L'entraînement porte rapidement ses fruits.
2006 : L'ANNÉE DE LA CONSÉCRATION
En 2006, Andrey remporte les deux grandes courses chiliennes, le Tour national et le Tour pour un Chili Lider. Il s'impose encore en Argentine et Bolivie. Ces résultats lui permettront même de finir à la 3e place de l'UCI America Tour derrière José Serpa et Gregorio Ladino.
Des résultats qui ne laissèrent pas sans réaction le "chasseur de tête" du secteur sud américain, Gianni Savio. Il décide de prendre Andrey à l'essai et l'engage comme stagiaire : "Ce n'était pas une proposition très concrète, d'ailleurs je n'ai porté le maillot Selle Italia sur aucune course. De plus, j'ai eu des problèmes pour avoir un visa et je n'ai jamais pu me rendre en Italie", explique-t-il.
SANS COMPLEXE FACE AUX EUROPÉENS
La saison 2007 part sur les mêmes bases : trois étapes au Tour du Pérou (2e du général), une en Argentine (Tour de Mendoza) et doublé sur le Tour pour un Chili Lider, avec trois étapes à la clé, face à une adversité renforcée : "Cette année, la victoire a été beaucoup plus difficile à obtenir en raison de la qualité des équipes étrangères. Mancebo, Serpa, Pedraza sont des grimpeurs de haut niveau et les battre n'a pas été chose facile. C'est un honneur pour moi d'avoir pu courir contre des coureurs que j'apprécie en tant qu'hommes et en tant que sportifs".
Une victoire qui a mis une nouvelle fois en lumière les qualités du plus chilien des Russes : "Je me considère comme un coureur complet, je me défend en montagne, je fais d'assez bons chronos et je peux régler au sprint des petits groupes dès lors que la course a été dure".
A présent pourquoi ne pas rêver à un autre doublé sur le Tour du Chili ? "Il est encore trop tôt pour penser à cette course qui se disputera en novembre, avoue-t-il, mais je m'y prépare d'ores et déjà mentalement".
L'ÉQUIPE LIDER, LA RÉFÉRENCE CHILIENNE
Depuis son arrivée au Chili, Sartasov est resté fidèle à la même formation. L'équipe Lider, basée dans la région du Biobio, est la formation "chef de file" du cyclisme chilien.
Un cyclisme chilien qui ne va pas au mieux selon Andrey : "Ce n'est pas une bonne période, les entreprises privées n'investissent pas suffisamment dans le cyclisme, notre équipe est un peu l'exception". Mais la qualité est là : "Il ya de bons coureurs disséminés dans d'autres formations", dit-il à Cyclismag, en pensant aux Gonzalo Miranda chez OGM, Jose Medina, l'ancien Aixois, chez Glassex Bric, Luis Sepulveda ou encore Arturo Corvalan également chez Glassex Bric.
Les Lider dominent partout où ils passent. Depuis le début de saison, ils ont trusté les podiums au Tour de Mendoza, au Tour du Pérou, au Tour pour un Chili lider. "Notre équipe est particulière, nous sommes un groupe très uni. Les bonnes relations y sont fondamentales. Beaucoup de mes coéquipiers sont également de très bons compétiteurs : l'Argentin Jorge Giacinti, vainqueur de plusieurs courses à étapes en Amérique du Sud, Gonzalo Garrido, six fois champion du Chili sur route, Marco Arriagada qui a gagné les Jeux panaméricains et une manche de coupe du monde sur piste à Moscou, Francisco Cabrera, 2e des Jeux Odesur en 2006 ou son frère Francisco, champion panaméricain de poursuite par équipe".
SARTASOV, CITOYEN CHILIEN
Andrey n'a aucune nostalgie du pays. Sa fiancée, Pamela, attend un heureux évènement et l'intégration sera totale dès lors qu'il aura obtenu sa naturalisation chilienne. Les démarches en ce sens ont été engagées et il espère pouvoir l'obtenir rapidement. Le citoyen chilien Sartasov pourrait alors représenter son pays d'adoption aux prochains Jeux panaméricains.
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Photo : Andrey Sartasov, vedette au Chili
Crédit : Lider