
Après 17 années de direction, le patron du Tour de France prendra sa retraite en fin d’année. Ex-coureur professionnel, ex-journaliste sportif, Jean-Marie Leblanc a découvert, côtoyé, dénoncé le dopage.
Florilège depuis 1998, par Pierre Carrey
Le discours de Jean-Marie Leblanc sur le dopage a épousé les interrogations de son époque, de la "topette" glissée dans la poche d’un maillot en laine aux oxygénations sanguines et à l’hormone de croissance. Depuis 1998 et le premier grand scandale médiatique du cyclisme, son discours a évolué, au gré des révélations. Empreint de mauvaise foi ou de naïveté, plus souvent d’une grande confiance en des lendemains qui chantent, Leblanc a tâtonné, Leblanc s’est trompé, Leblanc a pressenti.
Même s’il voudrait aujourd’hui s’essayer à d’autres motifs de discussion, le dopage restera le leitmotiv de sa carrière à la tête du Tour de France. Quitte à en faire une incarnation bien commode d'un pouvoir sportif laxiste voire cynique. Jean-Marie Leblanc, ex-coureur professionnel, ex-journaliste à La Voix du Nord et à L’Equipe, restera à son corps défendant le capitaine d’une épreuve promu dans la foulée du scandale Delgado, en 1988, et quittant le gouvernail en 2006, alors qu’un réseau monstrueux de dopage est démantelé en Espagne.
IL Y A CRU…
« Je ne serai jamais le directeur d’un Tour de France qui se ferait avec des jeunes hommes tellement gonflés qu’ils en seraient robotisés. » (Christophe Penot, Jean-Marie Leblanc, Gardien du Tour de France, Ed Cristel, 1999)
« Qui oserait encore prendre le risque de jouer avec le feu, de jouer avec sa réputation en même temps qu'avec la crédibilité de son sponsor, de son métier ? » (Le Républicain lorrain, 2 juillet 2000)
« Le sport cycliste, depuis le départ au Futuroscope, peut enfin se regarder dans les yeux. Tout le monde avait le sentiment - justifié - que personne n’oserait "jouer" avec l’EPO, avec la menace, deux mois plus tard, de se voir déclassé, suspendu, déconsidéré... Donc la confiance est revenue. » (L’Humanité, 22 juillet 2000)
« Ce qui me console, c’est que, dans un an, avec la mise en place des directives de l’Agence mondiale antidopage, ce sera fini ! Tout le monde sera à la même enseigne, tous les pays, tous les sports, toutes les fédérations. Enfin ! Les polémiques et les divergences, ça sera fini ! » (L’Humanité, 5 juillet 2003)
SUR LA DECENNIE EPO
« Quand les coureurs de l’équipe Gewiss avaient fini aux trois premières places de la Flèche wallonne. Quand j’ai vu Piotr Ugrumov, en 1995, battre Indurain dans un contre-la-montre sur le Tour ! Mince, on se disait : "Quand même !" Savez-vous que ce même Ugrumov détient encore le record de la montée d’Avoriaz ? Mince ! Un coureur qu’on a vu disparaître presque aussitôt. Mais attention, hein : ce que je dis, on l’a analysé qu’après un certain recul. C’est trop facile de dire aujourd’hui "vous saviez". » (L’Humanité, 5 juillet 2003)
« On m’a fait passer pour un candide, voire un menteur… Je savais bien que le dopage existait dans le sport en général, y compris dans le vélo, mais je revendique aujourd’hui de dire que je ne savais pas que le dopage était répandu, organisé, méthodisé de cette manière. » (La France cycliste, juin/juillet 2006)
SUR LANCE ARMSTRONG
« Je le dis : M. Armstrong n’est pas un "surhomme". C’est quelqu’un qui s’est entraîné comme une bête, c’est un athlète qui a énormément maigri, c’est un athlète qui a surtout changé dans sa tête, et pour cause. Il revient d’un cancer terrible qui a failli lui prendre la vie... » (L’Humanité, 22 juillet 2000)
« Si j'apprenais que la carrière d'Armstrong n'était qu'une escroquerie, je claquerais la porte du cyclisme. (...) Ca voudrait dire que je ne comprendrais plus rien dans le vélo et que je n'aurais plus de raison d'aimer et de croire en ce sport. » (Le Monde, juillet 2004)
LA VISION MORALE
« Pourquoi faut-il lutter contre le dopage ? Pour sauver les bénéfices du Tour de France comme je l’ai vu écrit trop souvent ? Non ! Il faut lutter contre le dopage, j’ai envie de vous dire : par réaction, pour peser sur le type de société que nous laisserons demain. » (Christophe Penot, Jean-Marie Leblanc, Gardien du Tour de France, Ed Cristel, 1999)
LA VISION PRAGMATIQUE
« Imaginez que le dopage persiste à un niveau qui serait faible – allez, je vous donne un chiffre : dix pour cent ! Imaginez qu’en 2003, il n’y ait plus que dix pour cent des coureurs à se doper dans le peloton… Eh bien ! n’étant pas plus royaliste que le roi, je vous dirai : ça me va. » (Christophe Penot, Jean-Marie Leblanc, Gardien du Tour de France, Ed Cristel, 1999)
« Le cyclisme professionnel y échappera d’autant moins [au dopage] que, j’en suis persuadé, le vice est consubstantiel à la pratique du cyclisme de haut niveau. Pourquoi ? Parce qu’une bonne part du comportement d’un coureur consiste à bluffer l’adversaire, à le mettre en difficulté, à le mettre dans le vent, à laisser un trou, à « sauter » un relais, bref ! à tromper l’autre ! Par une sorte de prolongement naturel, certains coureurs sont prêts à considérer que le dopage fait aussi partie des stratégies admissibles. » (Christophe Penot, Jean-Marie Leblanc, Gardien du Tour de France, Ed Cristel, 1999)
SA LASSITUDE
« Je me suis dit « Mais qu’est-ce que tu fous encore là ? » J’étais prêt à jeter l’éponge. Si le sport doit être ça, c’était horrible… et puis après, on se dit que pour un Manzano, il y a 99 coureurs qui ne sont pas Manzano et sur les 99 il y en a peut-être 90 qui sont absolument sains et qu’il y en a 9 qui, sans être des anges, ne sont pas non plus des Manzano. » (La France cycliste, juin/juillet 2006)
« Je suis un petit peu émoussé par les cicatrices post-98. J'éprouve de la lassitude devant la répétition des affaires de dopage. Depuis 1998, ça ne s'est jamais arrêté. Chaque année, au mois de juin, sortent soit des révélations, soit des cas avérés. » (Le Figaro, 28 juin 2006).
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Photo : Jean-Marie Leblanc laisse un cyclisme mal en point
Crédit : Delphine Page - www.cycling-photos.net