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    Marion Clignet, la militante

    Posté le Samedi 04 mars 2006 @ 22:24:07

    A 42 ans, Marion Clignet, publie le roman de sa vie, "Tenace", un parcours de combattante. Celui d'une sextuple championne du monde en cyclisme confrontée à l'épilepsie, celui d'une athlète noyée dans un monde d'hommes.





    Par Pierre Carrey

    "Je me révoltais contre tout, l'école, l'autorité. Il suffisait que l'on m'interdise de faire quelque chose pour que je le fasse." Le premier livre de Marion Clignet, "Tenace", est une introspection dans un esprit libre, taillé en acier trempé. Ce moral à l'épreuve de tout, cette volonté de faire progresser avec elle les femmes dans le cyclisme et les malades de l'épilepsie dans le sport, c'est Marion. Une battante, une conscience aiguë qu'elle peut se tracer un destin dans un monde qui n'est pas le sien. Car le vélo, chez Clignet, est une anomalie. Papa est universitaire, en chaire à Chicago l'année de sa naissance. "Marion ne vient pas, comme nombre de légendes du sport, d'un milieu défavorisé où le sport constitue un moyen de s'en sortir".

    PREMIERE CRISE A 16 ANS

    Dommage pour l'adaptation au cinéma : pas de ghetto, pas de misère en toile de fond de son enfance. Quoique. La pauvreté est toute proche, au coin de la rue. La famille Clignet a conscience de son statut privilégié. L'injustice, les parents en parlent et la regrettent. Une règle d'or pour Marion : ne jamais baisser les bras. Pour assouvir sa passion du cheval, Marion vit un été dans la grange d'une écurie. Elle paie son loyer en déchargeant douze heures par jour des bottes de foin... Elle se déplace en stop. Elle se sent libre.
    Sa nouvelle monture, elle la découvre un peu par hasard en achetant un vélo vert foncé, lourd comme un âne mort, à un policier. Qu'elle troque bientôt pour une machine de compétition. Ce mélange de banalité et de hasard, cet enchaînement de faits dans l'itinéraire de cette future championne, s'arrête net un jour qu'elle roule à Washington. Le chapitre qui rapporte le drame s'appelle "Non". Un refus de la maladie, qui vient de s'abattre sur elle comme la foudre.

    HORS DU COMMUN

    Elle a les yeux révulsés, les lèvres bleues, elle se mort la langue. Elle a 16 ans à peine et les médecins vont lui demander de limiter ses activités. Sa réponse tient en un mot. "Non"."J'appris aussi que des personnes hors du commun avaient été atteintes d'épilepsie, relève Marion avec une pointe d'ironie, des gens comme Alexandre le Grand, Bonaparte, César, Dostoïevski, Edison, Van Gogh, Haendel, mais aussi Truman Capote, Richard Burton, Agatha Christie... Je ressentis un bref soulagement en apprenant que j'étais, somme toute, en assez bonne compagnie." Elle sera cycliste professionnelle. Entre 1986 et 2004, elle remporte 180 courses, six titres mondiaux, deux médailles d'argent aux JO, dix titres nationaux en France et un bon nombre aux Etats-Unis.
    Cette carte de visite calligraphiée de succès et de bonheurs divers, les lecteurs la connaissent souvent déjà. Mais "Tenace" raconte l'envers du décor, les embûches qui entravent son ascension dans le sport. Ou, au contraire, encouragent Clignet à persévérer, pour faire mentir la fatalité.
    Son livre dit la honte qu'elle porte au front. En 1990, elle subit une crise d'épilepsie dans le hall de l'aéroport d'Oslo devant ses coéquipiers et les passagers. Deux ans plus tard, elle chute dans son escalier en proie à une nouvelle crise, et se réfugie sur son sofa où elle perd connaissance. Avant de se réveiller la tête couverte de sang...

    PLUSIEURS CASQUETTES...

    Décidément, cette cycliste n'est pas pareille que les autres. En filigrane de sa bataille contre l'épilepsie, il y a son combat de femme. La question est certes moins présente que la maladie, avec ses doutes et ses espoirs d'un jour, mais elle est là. "La France, hélàs, n'était - et n'est toujours pas - en faveur du cyclisme professionnel féminin par équipe", lâche-t-elle pour signaler son engagement en Italie, fin 1996, en faveur de Acca Due-O-Lorena.
    La discrimination d'être femme s'ajoute à celle d'être malade. Et d'ajouter :"En tant que cycliste féminine de compétition, j'étais forcée d'avoir plusieurs casquettes : celles d'athlète, d'entraîneur, parfois de mécanicien, d'agent de voyage, de négociateur de contrat, d'interprète, et enfin, sans doute la plus difficile à porter, celle de collecteur de fonds." Mais qu'est-ce que cette recherche permanente de sponsors, cette pression infligée à une athlète de niveau pour sa propre pérennité, au regard de son bras de fer médical ?

    LES BENEFICES DU LIVRE IRONT A LA RECHERCHE

    Le témoignage de Marion Clignet est essentiel. Elle a choisi de le placer dans le droit fil de son activité militante. Les bénéfices de "Tenace" seront d'ailleurs reversés pour la recherche contre l'épilepsie. Au-delà d'un parcours et des leçons dispensées, de cette exaltation mêlée du courage et de la volonté, il y a un chemin taillé dans les ronces. Un épileptique peut pédaler au plus haut niveau. Ou plutôt, il pourrait.
    Le jeune Australien Nick Sanderson, néo-pro cette saison, a été écarté de l'équipe Davitamon voilà quinze jours parce qu'il souffrait de cette maladie. Il devrait poursuivre sa carrière chez les amateurs, sous surveillance, avant de rejoindre à nouveau, peut-être, le peloton professionnel. Peut-être seulement. Il a récemment écrit à Marion Clignet pour solliciter des conseils. Son combat à lui ne fait que commencer.

    "Tenace", de Marion Clignet (avec Benjamin C. Hovey) est publié aux éditions de l'Expansion scientifique française, à Paris. 142 pages dont un cahier central de photos. 10 euros. Disponible pour l'instant auprès de la Fondation française pour la recherche sur l'épilepsie.
    9 avenue Percier
    75008 Paris
    01 47 83 65 36
    www.fondation-epilepsie.fr


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    Photo : Marion Clignet
    Crédit : Delphine Page - www.velo-photos.com


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