
Emilien Bergès n'a rien perdu de son caractère bien trempé ! Le néo-pro de RAGT revient sur son année, compliquée par de violentes crises d’asthme, et sur l’attente stressante d'un nouveau contrat pour 2006.
Propos recueillis par Pierre Carrey
Cyclismag : La victoire samedi dernier de Sébastien Minard au Tour de l’Avenir a-t-elle instauré un nouveau climat au sein de l’équipe ?
Emilien Bergès : Ce premier succès de la saison a déclenché une euphorie. J’encourageais Sébastien par l’oreillette. Dans la dernière côte, je ne pensais qu’à cette victoire. Je suis super copain avec lui et ce qu’il a accompli m’a fait très plaisir. Dans l’équipe, on espère que ça servira de déclic et qu’on va se rattraper. S’il reste dix courses d’ici la fin de saison, il faudrait en gagner au moins neuf !
"JE ME BATTRAI JUSQU'AU BOUT"
Cette première année chez les pros est-elle conforme à ce que tu en attendais ?
On débarque au début les yeux grands ouverts, en de demandant si on va tenir le rythme du peloton dans les roues. L’an passé, je m’étais rendu sur le Tour de France avec des CV dans une main et des cartes à faire dédicacer de l’autre. C’est drôle de se retrouver de l’autre côté de la barrière. Ce milieu est sympa, c’est pour ça que ça me ferait chier de le quitter…
Cette incertitude provoque un stress chez toi ?
Il y a un mois, j’acceptais cette situation encore plus mal qu’aujourd’hui. Je suis d’autant plus stressé qu’il y a peu d’ouvertures et que les places sont chères. Mais je me battrais jusqu’au bout. Il est évident que si j’avais remporté une étape sur le Tour de l’Avenir, j’aurai décroché un nouveau contrat. Les directeurs sportifs regardent le résultat, c’est bien normal.
"JE M'ETOUFFAIS SUR LE VELO"
Es-tu satisfait de tes places cette saison ?
Les résultats sont médiocres par rapport à ce que j'espérais. Au début, j’allais bien, je me classe 5è de l’étape de montagne au Critérium des espoirs… Et puis, j’ai chuté et ma colonne vertébrale a souffert. Ensuite, je suis tombé dans de très très grosses allergies au pollen. Jusqu’au mois de juillet (NDLR : Emilien est depuis revenu habiter dans sa Haute-Garonne natale, avec sa compagne), je vivais à Lyon et la pollution a aggravé mes crises. Je courais 50 kilomètres et je m’étouffais sur le vélo. Le temps de trouver un traitement approprié, je suis passé à côté de plusieurs opportunités.
Aux Jeux méditerranéens, tu te classes 6è du chrono à 45 secondes du vainqueur. Mais tu as chuté…
Sans cet incident, je montais sur le podium ! Je sens que j’ai progressé cette année dans la discipline (NDLR : Emilien termine également 6è sur le contre-la-montre du Tour de Belgique et 5è sur celui du Tour de l’Avenir). Je suis avant tout un rouleur, qui apprécie l’effort en solitaire mais aussi l’attaque.
"EN AVOIR DANS LE FROC POUR COURIR LES FLANDRIENNES"
Tu as changé cette année ?
J’ai mûri, sur le vélo et dans ma vie personnelle. L’un et l’autre sont liés. Je suis super motivé d’être chez les pros, je sais que je n’ai rien à perdre. A 22 ans, j’ai du temps devant moi. La mâturité physique d’un cycliste est fixée aux alentours de 28 ans, alors… S’il faut redescendre l’an prochain chez les amateurs, je le ferai.
Vraiment ?
Je suis prêt à le faire si on ne me propose absolument rien d’autre. Ca m’embêtera toujours un peu de disputer un Tarbes-Sauveterre ou un Circuit des Vins du Blayais, par exemple, une fois que j’ai découvert des courses du Nord, comme Paris-Roubaix, le Het Volk ou Kuurne. Ce sont pour moi les plus belles épreuves au monde et je sais qu’un jour, je pourrais bien y figurer. Ces courses sont incroyables : le public est présent par moins cinq degrés, le peloton frotte… Il faut en avoir dans le froc pour courir les flandriennes !
"JE SERAI VIGILANT L'HIVER PROCHAIN"
Il paraît que tu as perdu 10 kilos cette année…
C’est vrai. Le poids reste mon point faible et il y a un facteur familial : chez moi, tout le monde a tendance à grossir. En plus, dans le Sud-Ouest, on n’est pas aidés ! Je connais bien les repas de famille qui durent de 12h à 21h, en restant assis sur la selle… (il se reprend) sur la chaise, pardon ! Sans mon excès de poids, l’étape du Critérium des espoirs où je suis échappé, je ne la termine pas 5è mais premier ! J’ai l’habitude de m’entraîner seul et de faire mes conneries seul. J’ai appris à force de commettre des erreurs. L’hiver prochain, je serais très vigilant sur mon poids.
Voilà un an, tu disais à Cyclismag (Lire l'article) vouloir prouver que tu savais « trimballer ton gros cul dans les cols »…
Sur le Critérium des espoirs, je l’ai fait. Sur le Tour de l’Avenir aussi. D’entrée de jeu sur l’étape la plus dure, je suis parti. Bon, j’ai fini par sauter de l’échappée au bout d’un certain temps mais j'aime bien contredire le monde. Je voulais donner tort à ceux qui me considèrent seulement comme un rouleur de contre-la-montre. Je ne sais faire que ça ? Ah bon ? Non ! Je flingue et je pars devant.
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Photo : En plein effort solitaire
Crédit : Delphine Page - www.cycling-photos.net